Sunday, 12 October 2008

Description

Une crise financière peut constituer un puissant déstabilisateur des opinions publiques : aux inquiétudes sur la situation financière succèdent des discrédits à l’égard des institutions bancaires, des inquiétudes économiques et, le plus souvent, une redistribution rapports de forces politiques ; la crise de 1929, qui avait nourrit en Europe la montée des fascismes et du communisme, en offre une illustration.

La présente enquête, réalisée par Viavoice pour Libération, a été réalisée les jeudi 9 et vendredi 10 octobre, après un enchaînement sans précédent de désastres financiers : crises de Lehman Brothers et d’AIG, de Fortis et Dexia, krach boursier (CAC40 en baisse de 22 % au cours de la semaine du 6 octobre) en dépit d’une baisse concertée des taux directeurs. Les résultats obtenus révèlent certes une dépression de l’opinion économique, mais une bonne tenue de l’exécutif.

Des cotes de confiance quasiment stables

Les cotes de confiance décernées au président de la République et au Premier ministre sont quasiment stables, chacune étant en repli de deux points seulement par rapport à la précédente mesure, effectuée en septembre (40 % des Français ont une opinion « positive » de Nicolas Sarkozy, 45 % de François Fillon).

Une approbation de l’action engagée par Nicolas Sarkozy face à la crise

Cette absence de nouveau discrédit s’explique, pour une large part, par les appréciations positives accordées à l’action du chef de l’État dans la tourmente : 53 % des Français estiment que Nicolas Sarkozy « gère bien » la crise financière, contre seulement 32 % d’un avis contraire. Et y compris de la part des sympathisants de gauche, la critique n’est pas massive : seulement 52 % d’entre eux pensent que le président de la République « gère mal » la crise actuelle. Ces résultats, eux-mêmes, sont la traduction du volontarisme régénéré du président de la République (naguère au service du pouvoir d’achat, aujourd’hui au service de la protection des Français face à la crise), affirmé à la tribune de l’Onu, puis à Toulon, puis lors du sauvetage de Dexia, et encore à travers les tentatives de constitution d’un front commun européen, ou de la coordination du G4.

L’absence d’alternative perçue à gauche

En contrepoint, l’absence de discrédit de l’exécutif s’explique également par le manque de confiance accordé à la gauche et à l’alternative que cette dernière pourrait offrir : seulement 21 % des Français pensent que la gauche « ferait mieux » que la droite et Nicolas Sarkozy, « si elle était au pouvoir », « face à une telle crise financière ». Comble du désenchantement politique, les sympathisants de gauche eux-mêmes ne font pas plus confiance à la gauche qu’à la droite : seulement 37 % d’entre eux estiment que leur propre camp ferait mieux que la droite face à la crise actuelle. Les désastres financiers actuels peuvent avoir, sur l’opinion comme sur l’économie, des effets de traîne particulièrement longs. Cette première mesure de l’opinion présente des réactions d’opinion de court terme, quasiment à chaud, au coeur de l’événement. Elle n’interdit pas, au cours des mois qui viennent, de nouveaux replis de la confiance économique et politique. Il n’en reste pas moins que l’exécutif, et en particulier le président de la République, a traversé ces premières semaines de crise avec pertinence. Si, pour l’opinion, cette séquence hors du commun n’a pas imposé Nicolas Sarkozy comme un grand homme face à l’Histoire (le chef de l’État aurait alors retrouvé la confiance perdue), elle ne l’a pas, non plus fragilisé. C’est paradoxalement, demain, la dégradation annoncée de la conjoncture économique qui pourrait plus gravement menacer son crédit auprès des Français.

François Miquet-Marty
Viavoice

Télécharger en pdf le sondage Viavoice-Libération du 12 octobre 2008