Thursday, 28 August 2008

Description

Cette rentrée politique 2008 apparaît paradoxale. Plus d’un an après son élection, l’exécutif Sarkozy est confronté à l’absence de résultats perçus de sa politique en faveur du pouvoir d’achat, et à une conjoncture économique difficile. Ce contexte devrait une nouvelle fois pénaliser l’image de l’exécutif et, en contrepoint, dynamiser l’opposition de gauche et son principal parti.

Pourtant, les tendances d’opinion issues de cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice-Libération sont tout autres : l’exécutif connaît un regain de confiance, et le Parti socialiste subit d’importants désaveux, en dépit d’une dynamique Delanoë.

Un regain de confiance en faveur de l’exécutif.


Le chef de l’Etat est désormais crédité d’un niveau de popularité de 43 %, en hausse de 5 points par rapport à la fin du mois de juin, et pour sa part, le Premier ministre redevient populaire à 52 %, gagnant 3 points par rapport à juin.
Ces évolutions s’inscrivent dans un double contexte :
- Le recentrage du chef de l’Etat sur son image institutionnelle, diplomatique et régalienne (lui permettant de corriger une partie des critiques qui lui étaient adressées au premier semestre) : présidence européenne depuis le 1er juillet, adoption de la réforme de la Constitution, lancement de l’Union Pour la Méditerranée, cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques à Pékin, déplacement pour la paix en Russie et en Géorgie, présence en Afghanistan aux côtés des militaires français, hommage rendu aux soldats morts le lundi 18 août, aux Invalides le jeudi 21 (les interviews de ce sondage ayant été réalisées du 20 au 22 août) ;
- La réactivité et l’implication de François Fillon face au ralentissement économique (publication de la baisse du PIB de 0,3 % au deuxième trimestre) : réunion rapide des ministres concernés lundi 18, annonce de la participation systématique des entreprises aux frais de transports des salariés ; à ces éléments se sont ajoutés la médiatisation des résultats de la loi TEPA, puis le versement de l’allocation de rentrée scolaire.
En outre, concernant Nicolas Sarkozy, il faut souligner que la comparaison de la variation enregistrée est réalisée par rapport au mois de juin, au cours duquel le président de la République avait été confronté à une situation très difficile (« non » de l’Irlande au Traité de Lisbonne, annonce de la présence de Bachar al-Assad lors des cérémonies du 14-Juillet). A ce titre, les bons résultats actuels sont également une correction par rapport à des données antérieures particulièrement décevantes pour l’Elysée.

La prééminence Delanoë

A gauche apparaît progressivement, dans l’opinion, une tendance favorable à Bertrand Delanoë. Aujourd’hui, 28 % des Français estiment que le maire de Paris « serait le meilleur dirigeant pour le Parti socialiste » (26 % des sympathisants de gauche, 30 % des sympathisants socialistes) ; ces résultats permettent au maire de Paris de devancer Ségolène Royal, citée par 18 % des Français, 25 % des sympathisants de gauche et 24 % des sympathisants socialistes.
A titre indicatif, au mois de mars dernier, et certes sur la base d’une liste de personnalités testées partiellement différente (sondage LH2 – Libération réalisé par téléphone selon la méthode des quotas, les 28 et 29 mars), Bertrand Delanoë recueillait 21 % des citations de l’ensemble de l’échantillon, 23 % auprès des sympathisants de gauche, 24 % auprès des sympathisants socialistes. Ségolène Royal obtenait alors respectivement 17 %, 24 % et 24 %.
Cette prééminence Delanoë s’explique notamment par la médiatisation dont le maire de Paris a été l’objet depuis sa réélection aux élections municipales, et par ses références au « libéralisme », par définition fédératrices au centre-droit et à droite.
Désormais, la concurrence d’opinion Delanoë-Royal repose sur des soutiens sociologiques et politiques nettement différenciés :
- Bertrand Delanoë obtient ses meilleurs scores auprès des personnes ayant 65 ans et plus (30 %, contre 12 % pour Ségolène Royal), auprès des cadres (28 % contre 9 %), et auprès des sympathisants de droite (33 % contre 8 %) ;
- Ségolène Royal recueille ses meilleurs appuis auprès des 18-24 ans (32 %, contre 26 % concernant Bertrand Delanoë) et des ouvriers (27 %, contre 25 %).

Un Parti socialiste miné par des rivalités fratricides

Cette tendance favorable à Bertrand Delanoë ne doit pas masquer les jugements très critiques portés par l’opinion sur un Parti socialiste considéré comme prioritairement préoccupé par ses enjeux internes, et par ses rivalités de leadership. Une large majorité de Français (61 %) estiment que la principale faiblesse du Parti socialiste réside en les « rivalités entre ses dirigeants » ; et les sympathisants socialistes euxmêmes s’avèrent particulièrement critiques, 64 % d’entre eux dénonçant ces « rivalités ». Au-delà, les Français citent également « le manque de solutions concrètes » (31 %), « le manque d’un projet de société » (30 %), et « l’insuffisante attention aux problèmes des Français » (20 %), faisceau de critiques qui renvoient, chacun à sa manière, à l’image d’un Parti socialiste plus préoccupé de lui-même que du devenir des Français. « Ils ne me font plus rêver », conclut un sympathisant socialiste à la retraite.
La traduction positive de ce désaveu est la force attribuée à la présence des socialistes dans les communes, les départements et les régions.
Les Français estiment que cet « ancrage local » constitue le premier atout du Parti socialiste (37 %). Mais cet atout désigne, en creux, les difficultés du Parti socialiste sur le registre national.
Sur le fond, le Parti socialiste traverse une épreuve singulière : c’est précisément la perspective du Congrès de Reims, elle-même sous-tendue par les interrogations sur la candidature socialiste en vue de 2012, qui nourrit, institutionnalise et rend visible les rivalités de leadership. Ainsi par le simple jeu de ses procédures, le Parti socialiste entretient durablement son propre discrédit auprès d’une opinion publique qui ne comprend plus ses difficultés à surmonter ses concurrences internes et à substituer à ses préoccupations égocentrées, une plus grande attention aux Français, et une plus forte opposition au pouvoir.

François Miquet-Marty
Viavoice

Télécharger en pdf le sondage Viavoice-Libération du 28 août 2008