Description

Les dirigeants d’entreprise et l’économie

La nouvelle crise
La notion de « sortie de crise » a-t-elle du sens ? Des perceptions couramment répandues imaginent essentiellement une amélioration globalement concomitante de la plupart des indicateurs (croissance, emploi, finances publiques, inflation).

Lors de ce processus de « sortie de crise », des accélérations et des décélérations seraient certes envisageables, mais le schéma général consacrerait une évolution d’ensemble de scores négatifs à des scores positifs. Les données issues de ce sondage révèlent un autre scénario. Aux yeux des dirigeants d’entreprise, l’économie française évolue en tendance d’un temps de récession et de chômage, à un temps d’inflation et de déficits publics. Et dans ce contexte de recompositions s’affirme par ailleurs une puissante volonté de réforme, en faveur du retour aux 39 heures.

Installation de la nouvelle crise : inflation et déficits publics

En ce premier trimestre 2011, les inquiétudes des dirigeants d’entreprise progressent sur deux registres : l’inflation et les déficits publics ;

En matière d’inflation, seule une minorité de dirigeants se déclarent « confiants » (43 %), soit une baisse particulièrement significative de 10 points par rapport aux données recueillies lors de la dernière mesure, effectuée en décembre ; Historiquement ce faible score de confiance renoue avec l’étiage enregistré sur cette question dans le cadre de ce baromètre depuis le début de l’année 2009 (43 % en mars 2009, 42 % en mai 2010) ;

En matière de déficits publics, seuls 16 % des dirigeants d’entreprise se disent « confiants » (81 % « pas confiants »), consacrant une baisse de 7 points par rapport aux résultats recueillis en décembre.

Atténuation de la première crise : récession et chômage

En regard de ces inquiétudes croissantes, les perceptions des dirigeants d’entreprise s’améliorent sur deux autres registres, signant ainsi une nette atténuation, à leurs yeux, de la « première » crise :

En matière d’emploi, 36 % des dirigeants sont désormais confiants, soit une progression de 7 points par rapport aux résultats de décembre, et un record absolu depuis la création du baromètre ; pour mémoire en mars 2009, six mois après la faillite de Lehman Brothers, le taux de confiance sur cette même question n’était que de 11 % ;

En matière de croissance, 40 % des dirigeants sont confiants, soit une progression de trois points.

D’une crise à l’autre : explications et implications

Ce glissement, du sentiment d’une crise vers celui d’une autre, s’explique doublement :

L’amplification de la confiance concernant la croissance et l’emploi est notamment favorisé par le dynamisme économique du reste du monde, et par la bonne santé de secteurs stratégiques (CAC40, automobile) ;

L’amplification de la défiance concernant l’inflation et les déficits publics est largement imputable aux tensions sur les marchés internationaux de matières premières (agroalimentaires mais également hydrocarbures), et d’autre part à l’absence de plan nouveau permettant d’envisager une réduction rapide des déficits publics.

Dans ce contexte, ayant pour partie le sentiment d’évoluer d’une crise à l’autre, les dirigeants d’entreprise ajournent toujours l’échéance anticipée de sortie de crise : 86 % d’entre eux estiment que la « crise économique et financière » n’est « pas terminée », et la plupart (63 %) n’imaginent pas de sortie de crise avant l’élection présidentielle.

Temps de travail : des dirigeants favorables à un retour aux 39 heures

Au registre des solutions envisageables pour améliorer la situation de la France, les dirigeants d’entreprise apparaissent massivement attachés à une augmentation de la durée du travail. Au-delà des mesures de la loi TEPA de 2007, lesquelles ont
paradoxalement sanctuarisé les 35 heures pour autoriser la défiscalisation des heures supplémentaires, les dirigeants d’entreprise souhaitent massivement (73 %) que la « durée légale hebdomadaire du travail » soit rétablie à 39 heures ; à l’inverse seuls 22 % d’entre eux plaident pour un maintien des 35 heures.
Ce souhait massif de réhabilitation des 39 heures répond à plusieurs considérations :

La volonté de promouvoir la « valeur travail » ;
La volonté de réduire les coûts de production ;
La volonté de contribuer à la croissance économique ;
La volonté de soutenir la compétitivité de la France dans la compétition mondiale.

Pour les dirigeants d’entreprise aujourd’hui, l’économie française ne va pas beaucoup mieux qu’il y a deux ans. Mais elle va différemment, bridée par des contraintes jugées de plus en plus inquiétantes alors que d’autres se desserrent. Revenir aux 39 heures pourrait être, à leurs yeux, une solution parmi d’autres pour soutenir la santé économique nationale. Cet enjeu majeur pourra compter parmi ceux qui nourriront, sur le fond, les débats de la campagne présidentielle de 2012.

Télécharger en pdf le baromètre d’opinion économique Viavoice, ACFCI, Les Echos, Mars 2011 pdf.jpg