viavoice-log300

Études ponctuelles

vendredi, 05 juin 2009

Description

L’idéal européen aurait-il succombé ? Avant même que les élections n’aient lieu, les contempteurs de l’Europe dénoncent un projet historique vidé de sa substance, auquel n’adhèreraient plus les habitants du vieux continent. Les faits s’accumuleraient en ce sens : le manque de lisibilité des institutionsla signature du Traité de Lisbonne (13 décembre 2007) en dépit du rejet que lui avaient infligé plusieurs peuples en 2005, les divisions entre pays membres face à la crise économique, l’indifférence des électeurs au scrutin qui se déroule du 4 au 7 juin, dans certains pays le caractère byzantin des circonscriptions électorales, tout cela conduirait à entamer encore un rêve européen déjà fragilisé.
Pour autant la présente étude, réalisée par Viavoice pour un groupe de fondations et de journaux européens, révèle un état de l’opinion plus contrasté. Au sein des pays où l’enquête a été réalisée :

    • Les Européens expriment certes aujourd’hui un puissant désenchantement ;
    • Mais ils affirment pour l’avenir, de façon massive, le souhait d’un avenir européen.



L’ampleur d’un désenchantement

Face à la crise économique actuelle, le désenchantement à l’égard de l’Europe acquiert une acuité particulière (même si, en soi, ce désenchantement n’est pas nouveau) :

  • L’Europe n’a pas su faire preuve d’unité face à la crise : la majorité des interviewés estiment que face à la « crise économique et financière », « les intérêts nationaux l’ont emporté sur la cohésion européenne » : 71 % des Allemands et 73 % des Italiens le pensent, 67 % des Espagnols, 65 % des Suédois et 63 % des Français ;
  • L’Europe n’a pas su être efficace face à la crise : seule une minorité d’interviewés considèrent que « les politiques menées par l’Europe » « ont amorti la crise » : seulement 31 % des Français le pensent, 27 % des Italiens, 24 % des Allemands, 21 % des Suédois et 20 % des Espagnols.

Pour l’opinion, ce désenchantement est notamment imputable aux partis politiques de chaque pays, qui « ne mettent pas bien en valeur les enjeux européens » : cette opinion est partagée par 79 % des Français et 80 % des Italiens, 59 % des Suédois, et 54 % des Espagnols ; seuls les Allemands (51 %) estiment que les « partis politiques » « mettent bien en valeur les enjeux européens ».


Le souhait affirmé d’un avenir européen

Ce désenchantement n’est toutefois pas synonyme de renoncement ; au contraire, la poursuite du projet européen est affirmée et se manifeste à travers :

  • Le souhait d’une progression de l’Europe, et « l’émergence d’une Europe fédérale », idée qui recueille l’assentiment de majorités ou de majorités relatives : 59 % des Italiens y sont favorables, 46 % des Français, 48 % des Espagnols. Les Allemands sont plus réticents (majorité relative de 35 % seulement), ainsi que les Suédois (34 %) : la Suède, qui a rejeté l’euro par référendum en 2003, apparaît nettement comme le pays le plus eurosceptique parmi ceux pris en compte dans le cadre de cette enquête ; l’image libérale d’une Union pouvant fragiliser le modèle social suédois, la perception d’une intégration européenne menaçant la neutralité suédoise, comptent parmi les arguments des opposants à l’Europe ;
  • Le souhait de développements institutionnels : l’existence d’un « président de l’Europe » est voulue par la plupart des populations interrogées (Italie 73 %, France 64 %, Espagne 63 %, Allemagne 51 %), ainsi que l’existence d’un « ministre des Affaires étrangères européen » (Italie 76 %, Espagne 73 %, France 73 %, Allemagne 62 %). L’existence d’un « ministre de l’Economie et des finances 5 européen » (Italie 78 %, Espagne 76 %, France 72 %, Allemagne 57 %), et celle d’une « police européenne » (France 72 %, Espagne 71 %, Italie 68 %, Allemagne 65 %) ; sur l’ensemble de ces registres, la Suède apparaît comme le pays le moins favorable à ces progressions institutionnelles ;
  • Le souhait d’une meilleure cohérence entre le Parlement et la Commission : dans la plupart des pays considérés, les populations préfèreraient que le « président de la Commission » soit « investi par la majorité politique du Parlement européen, à l’issue des élections » (Espagne 66 %, Italie 64 %, Allemagne 53 %, France 53 %) ; la Suède est plus réticente (37 % seulement) ;
  • Enfin, et de façon inattendue dans ces proportions, les personnes interrogées font globalement davantage confiance à « l’Union européenne » qu’aux « institutions internationales » ou aux « gouvernements nationaux » pour « offrir des solutions à la crise » : ce sentiment est partagé par les Italiens (39 %), les Espagnols (33 %), les Français (27 %), mais pas par les Allemands (24 %) ni par les Suédois (25 %).

En revanche il existe des limites à l’idéal européen, notamment sur le plan financier : dans l’ensemble des pays pris en compte, les Européens sont « opposés » à la création d’un impôt européen (66 % des Espagnols, 65 % des Italiens et des Français, 61 % des Suédois et 55 % des Allemands).

Ces résultats contreviennent à l’euro-pessimisme ambiant. Ils indiquent que, en dépit du désintérêt pour le scrutin actuel, les Européens interrogés n’ont pas déserté l’idéal européen. Il existe certes, bien évidemment, des différences nationales. Mais globalement, nous vivons aujourd’hui une séquence de transition, où les grands débats sur le visage de l’Union européenne sont émoussés, où la politique « intérieure » européenne n’est pas véritablement née, mais où l’Europe demeure, pour demain, un espoir.


François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice


Télécharger en pdf le sondage Viavoice - Libération - Terra Novapdf.jpg