Monday, 12 January 2009

Description

Au coeur de la séquence des voeux présidentiels pour la nouvelle année, et à la veille de mouvements sociaux (le 29 janvier), cette nouvelle enquête Viavoice réalisée pour Libération révèle l’inquiétude massive des Français face à la crise, et le scepticisme de l’opinion face aux actions menées par l’exécutif.


Des Français majoritairement inquiets pour eux-mêmes

Le score est sans appel : 62 % des Français craignent que leur « situation économique et financière se détériore » au cours des « mois qui viennent ». Cette inquiétude est une donnée subjective, qui ne correspond pas systématiquement à l’existence de difficultés objectives nouvelles ou à venir vécues par chacun, mais qui révèle a minima un sentiment de fragilité économique personnelle. De façon frappante, ce sentiment de fragilité affecte l’ensemble des catégories sociales : les jeunes (18-24 ans : 62 %) comme les seniors (65 ans et plus : 60 %), les ouvriers (66 %) comme les cadres (53 %).


Une déception face aux mesures anticrises

Le corollaire de ce sentiment (à la fois cause et conséquence), est la déception des Français face aux actions engagées par l’exécutif face à la mauvaise conjoncture actuelle : 56 % des personnes interrogées se déclarent « insatisfaites » par « les actions menées par Nicolas Sarkozy face à la crise économique ». Ce score repose sur une très nette distribution politique des perceptions : les sympathisants de gauche sont très majoritairement « insatisfaits » (76 %), alors que les sympathisants de droite sont « satisfaits » (75 %) ; les sympathisants Modem sont majoritairement critiques (54 %) ainsi que, plus massivement encore, les personnes ne se déclarant proches d’aucun parti (61 %).
Concrètement, cette insatisfaction se nourrit de l’inefficacité perçue des mesures économiques mises en oeuvre par le pouvoir. Massivement, les Français jugent inefficaces les actions engagées pour « réduire les prix des biens de consommation » (72 %) et pour « lutter contre le chômage » (70 %) ; les résultats sont moins tranchés à propos des actions en faveur des « prêts bancaires » (52 % les jugent « inefficaces »), et des mesures « pour soutenir les PME » (48 % les considèrent comme « inefficaces »).


Pour l’exécutif, une confiance qui marque le pas


Dans ce contexte, la confiance accordée à l’exécutif marque le pas : le président de la République dispose aujourd’hui d’une cote de confiance
établie à 46 %, en repli d’un point par rapport au mois dernier et de deux points par rapport à novembre, et le Premier ministre d’une cote
à 48 %, en baisse de deux points par rapport à décembre et de six points par rapport à novembre : la dynamique d’opinion engagée à
l’automne n’a plus cours.
Ces replis s’expliquent également, au-delà de la crise stricto sensu, par les dossiers sensibles qui exposent le crédit de l’exécutif :

  • L’idée de la « suppression des juges d’instruction » est désapprouvée par une large majorité de Français (63 %) ;
  • Le projet en faveur du travail le dimanche, dont le débat parlementaire est reporté fin janvier, est désapprouvé par 62 % des personnes interrogées ;
  • Le projet Darcos de réforme du lycée, lui-même reporté, suscite une opposition (50 %), mais s’avère surtout mal connu quant à son contenu (25 % de non-réponses).

En revanche, le chef de l’Etat bénéficie de ressorts favorables dans l’opinion : sa détermination est appréciée, son implication internationale
également, et la « suppression de la publicité sur France Télévisions », effective depuis le lundi 5 janvier, est approuvée par 54 % des


Ce début d’année 2009 n’est pas comparable, pour Nicolas Sarkozy, avec le début d’année 2008 : le chef de l’Etat avait alors subi un discrédit majeur auprès de l’opinion, pour avoir livré une image déprésidentialisée et distanciée, à l’heure où les inquiétudes économiques et sociales des Français s’affirmaient. Aujourd’hui, par son discours de Toulon (25 septembre), son implication économique internationale (UE et G20), son discours de Douai (4 décembre), et ses voeux, le président de la République fait face à la crise, en ayant évolué d’un volontarisme de la rupture à un volontarisme de la protection des Français.
Il n’en reste pas moins que la crédibilité de l’efficacité présidentielle s’épuise face à une crise qui s’installe dans les faits et les esprits. Ce qui est en jeu cette année n’est pas la « présidentialité » du chef de l’Etat, mais la réalité de son influence économique et sociale, et donc le crédit de sa volonté réformatrice. Début 2008 Nicolas Sarkozy avait péché par inadéquation d’image personnelle, avant de corriger cette fragilité ; c’est son action qui est aujourd’hui jugée décevante pour manque d’efficacité perçue ou attendue, dans un contexte, certes, hors du commun.



François Miquet-Marty,
Viavoice

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice - Libération du 12 Janvier 2009