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Études ponctuelles

lundi, 17 janvier 2011

Description

Marine Le Pen, ou la nouvelle menace de l’extrême-droite

Marine Le Pen constitue-t-elle un atout ou un handicap pour l’avenir de l’extrême-droite française ? Elue présidente du Front national puis investie dimanche 16 janvier lors du « Congrès de Tours » du parti, Marine Le Pen brise un héritage : les succès du FN avaient été consubstantiels à la personne de son fondateur et président, Jean-Marie Le Pen.

Et la fille n’inscrit pas toujours ses pas dans ceux de son père : sa jeunesse (42 ans), le fait d’être une femme, la volonté de dédiabolisation du parti, le refus des dérapages, l’annonce d’un ancrage sur les enjeux économiques, tout cela introduit des différences, plus ou moins fortes, avec le positionnement affiché par la figure tutélaire de l’extrême droite au cours des trente dernières années.
Pour autant, ce sondage Viavoice réalisé pour Libération révèle que Marine Le Pen recompose une menace électorale significative, reposant notamment sur trois facteurs majeurs.

Premier facteur : un important potentiel électoral

En premier lieu Marine Le Pen dispose d’un important potentiel électoral. Aujourd’hui, à quinze mois de l’élection présidentielle, 13 % des Français souhaitent que la dirigeante du Front national soit « le prochain président de la République » (à titre de comparaison, 24 % citent Nicolas Sarkozy).
Ce score est en soi élevé puisqu’il est supérieur au résultat obtenu par Jean-Marie Le Pen lors de la dernière présidentielle en 2007 (10,4 %), et puisqu’il n’est pas si éloigné du score qui avait conduit Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002 (16,9 %).

Surtout, ces données révèlent des catégories de population qui demeurent positivement sensibles au Front national : 22 % des ouvriers souhaitent que Marine Le Pen soit « le prochain président de la République » (contre 9 % des cadres).

Deuxième facteur : une diversité de motivations de soutien

Le deuxième facteur concerne la diversité (et donc la solidité) des motivations invoquées en faveur de Marine Le Pen. Interrogés sur les « mots » qui « correspondent le mieux » à la nouvelle dirigeante du Front national, les sympathisants frontistes citent une galaxie : la proximité par rapport au « peuple », la « sécurité », le « langage de vérité », l’ « abandon de l’euro », les « solutions contre le chômage ».

Autrement dit se conjuguent le registre démocratique (proximité, vérité) et celui des enjeux de politiques publiques (sécurité, euro, emploi).

Troisième facteur : une crédibilité présidentielle

Le troisième facteur en faveur de Marine Le Pen consiste en la crédibilité présidentielle dont elle dispose : 52 % des Français estiment que la nouvelle présidente du FN est « plus crédible que Jean-Marie Le Pen » en tant que « candidate à la présidence de la République », alors que seulement 28 % sont d’un avis opposé. Les plus sensibles à cette crédibilité sont les personnes âgées de 65 ans et plus : 63 % des « seniors » estiment que Marine Le Pen a une crédibilité présidentielle supérieure à celle de son père.

En dépit de la mutation, persistance de l’image « raciste » auprès des Français

Cette menace frontiste en termes électoraux est d’autant plus significative qu’auprès des Français dans leur ensemble, Marine Le Pen conserve toujours l’image de « racisme » qui était associée à son père. Les « mots » qui « correspondent le mieux » à Marine Le Pen aux yeux du grand public sont « racisme » (44 %), « extrême droite » (35 %), « intolérance » (31 %) et « antimusulman » (19 %).

Ainsi sur ce point les fondamentaux d’image demeurent du père à la fille, et cette notion de « racisme » n’est pas occultée par les préoccupations économiques ou sociales du FN, ni par sa « dédiabolisation » souhaitée : la notion de « solutions contre le chômage » n’est citée par que 5 % des personnes interrogées, celle de « justice sociale » par 5 % également. Certes, la persistance de ces références au racisme constitue une parade face aux chances de succès de l’extrême droite en France lors d’un éventuel second tour présidentiel. Mais, on le constate aujourd’hui, elle ne contrevient pas à l’ancrage politique de Marine Le Pen en France.

Porosités entre UMP et Front national

Cette part de « tentations » en faveur Marine Le Pen entraîne des porosités significatives, en termes d’opinion, entre UMP et Front national :

Près du quart (24 %) des sympathisants UMP déclarent avoir une « bonne opinion » de Marine Le Pen (sa popularité s’établit à 20 % auprès de l’ensemble des Français) ;
Et un sympathisant UMP sur dix « souhaite » que Marine Le Pen soit « le prochain président de la République ».

Ces résultats en disent assez long sur les désenchantements de la droite modérée face à Nicolas Sarkozy : alors que l’actuel président de la République a dû, en 2007, une partie de son succès à sa capacité à s’imposer comme le fossoyeur de la dynamique FN, il voit désormais resurgir une « tentation Marine » parmi ses propres sympathisants. La « menace Marine Le Pen » joue à plein pour l’UMP.

Popularité de l’exécutif orientée à la baisse

Pour sa part, le crédit accordé à l’exécutif connaît aujourd’hui une érosion :

La popularité de François Fillon perd 3 points, à 47 % : l’image du Premier ministre souffre notamment de la fin de la dynamique dont elle avait bénéficié à l’occasion du remaniement, et du manque de pertinence perçue des prises de position du chef du gouvernement en décembre, lors des perturbations liées à la neige ;
La popularité de Nicolas Sarkozy perd un point, à 34 % : ainsi pour l’instant, le président de la République ne capitalise pas sur son style plus « présidentiel », ni sur sa relative  discrétion médiatique, ni sur la rhétorique de la « continuité des réformes », particulièrement affirmée lors de ses voeux aux Français, aux parlementaires et au monde économique.

Les évolutions opérées par Nicolas Sarkozy sont, il est vrai, trop récentes pour permettre de corriger dès aujourd’hui les déficits d’image sédimentés depuis 2007. Et c’est probablement sur cette articulation, entre le crédit (ou le discrédit) personnel du chef de l’Etat et les tentations frontistes que va se jouer une part importante de la présidentielle de 2012.

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