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Martine Aubry

Martine Aubry, ou le Janus de la politique</b><br />Proche et authentique, mal connue et professionnelle

A quelques jours de l’annonce de sa candidature à la primaire socialiste, Martine Aubry est sous le regard d’une opinion qui lui octroie depuis des mois une popularité solide et stabilisée. Dans ce contexte, quels sont aujourd’hui les déterminants de son image sur lesquels elle pourra s’appuyer ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses au yeux des Français ? Est-elle perçue comme une candidate légitime ou par défaut après l’affaire DSK ?
La présente étude, réalisée par Viavoice pour Le Nouvel Observateur, révèle en réalité un enseignement majeur. Aux yeux des personnes interrogées, Martine Aubry apparaît surtout comme un Janus de la politique :
Proche et authentique ;
Mais également mal connue et professionnelle de la politique.

Proche et authentique

Martine Aubry est d’abord associée à une image de proximité. « Elle a l’air à l’écoute et proche des gens », observe un participant. « Elle n’est pas bling-bling, elle est un peu comme nous même si elle habite dans les beaux quartiers ». Un autre soutient : « elle a fait comme les autres mais elle est différente, on dirait qu’elle nous comprend mieux ».
Cette proximité repose sur deux autres registres fortement partagés :
D’abord un sentiment de compréhension : une très large majorité des Français    (81 %) affirment que « quand elle parle on la comprend bien », « Quand elle parle c’est simple, à la portée du peuple. Pendant l’affaire DSK elle n’a parlé qu’une fois, elle a dit l’essentiel : la présomption d’innocence, sans faire plein de commentaires comme d’autres », « elle parle clairement, elle dit les choses. »
Ensuite, 61 % des interviewés estiment qu’elle prend soin des gens : « C’est quelqu’un qui écoute les autres pour connaître leurs problèmes », « elle paraît attentive aux préoccupations des Français. »

En second lieu, Martine Aubry apparaît authentique : elle est perçue comme une personnalité politique qui n’est pas artificielle (64 %) : « elle n’est pas dans le paraître, elle ne fait pas le jeu des médias, et en plus quand elle parle ça fait vraiment sérieux », « Sarkozy fait une loi pour tout, il brasse beaucoup d’air mais il n’y a rien au bout. Martine Aubry paraît plus carrée, moins dans le vent et plus dans le long terme. »
A ce titre Martine Aubry inspire confiance (58 %) en particulier auprès des sympathisants de gauche (73 %) : « Elle fait honnête, elle rassure quand elle parle, elle ne fait pas fofolle. », « Elle a l’air sincère quand elle parle, quand elle réagit ».

Mal connue et professionnelle de la politique

Symétriquement, la Première secrétaire du Parti socialiste apparaît singulièrement méconnue des Français : 58 % des Français (dont 61 % des sympathisants de gauche) estiment que l’on « ne sait pas grand-chose sur elle ». « On ne sait rien d’elle, elle est trop discrète, pas transparente » soutient un participant à la réunion.
En dépit d’une notoriété élevée et d’un long parcours politique visible (ministre, maire de Lille, Première secrétaire), les Français estiment ne pas bien connaître Martine Aubry, ou plus précisément sa vie et ce qu’elle est vraiment : « En fait, à part qu’elle est la fille de Delors, on ne sait rien sur sa vie personnelle, sa vie intime », affirme l’un des membres présents à la réunion, relayé par un autre : « c’est quand même important de savoir, ça rassure si on sait qui va être élu ». Un troisième conclut : « Elle est trop mystérieuse, c’est louche... ».
Il existe donc d’une certaine manière un « mystère Aubry », un trou noir concernant sa personnalité véritable, et sa vie personnelle.


Cette méconnaissance va de pair avec l’image d’une bonne professionnelle de la politique : la relation avec Martine Aubry n’est pas celle d’un « ami » (image attribuée à François Hollande lors de notre précédente enquête), ni d’un « père » (Jacques Chirac). La relation d’opinion avec Martine Aubry est celle du professionnalisme, de la délégation de mission. Les trois quarts des Français (73 %) estiment qu’elle est « surtout une bonne professionnelle de la politique » et, de façon plus critique 39 % qu’elle « fait technocrate ».

De façon positive, cette image de professionnalisme nourrit une « crédibilité » (58 %) en faveur de Martine Aubry. Ministre, initiatrice de réformes (35 heures, emplois-jeunes, CMU), Première secrétaire dans une période difficile pour le Parti socialiste, Martine Aubry apparaît comme ayant une bonne expérience de la politique et des grands  dossiers : « Elle pourrait diriger le pays. Elle sait ce qu’elle fait, elle connaît ». Un participant soutient : « Elle a un long parcours derrière elle, elle a tout fait, c’est solide ». Un autre ajoute : « Elle a fait ses preuves au niveau local et national » et d’autres précisent : « Martine Aubry c’est d’abord quelqu’un de compétent, il faut voir ce qu’elle a fait à Lille, elle a redressé la ville. On n’entend que du bien là-bas, elle a fait plein de choses » ou encore : « on peut lui faire confiance, elle a été ministre ».


Mais de façon négative, cette image de professionnalisme explique en partie les interrogations sur sa véritable « envie » de l’Elysée : un professionnel agit s’il est mandaté pour une mission, mais n’est pas nécessairement porté par un élan personnel ou collectif. Concrètement, 42 % des Français estiment que « en réalité, elle n’a pas vraiment envie d’être candidate ». « Elle n’a pas l’air déterminée, on ne voit pas ce qu’elle veut » affirme un interviewé. Pour beaucoup, Martine Aubry n’apparaît pas aujourd’hui suffisamment déterminée : « on dirait qu’elle n’a pas envie d’y aller ».
Et cette interrogation sur « l’envie Aubry » est par ailleurs amplifiée par la mémoire de son « accord » antérieur avec DSK, semblant implicitement indiquer que la Première secrétaire se rangeait en réalité derrière la probable candidature de Dominique Strauss-Kahn. « Elle se sent obligée après l’affaire DSK car elle est Première secrétaire mais elle n’en a pas vraiment envie » explique un participant. Pour une partie des interviewés, elle doit maintenant entrer pleinement dans la course et montrer sa détermination : « Il faut qu’elle dise maintenant qu’elle va être candidate », « Il faut qu’elle choisisse si elle se lance ou pas. »

Enfin au registre des critiques apparaît la perception d’un caractère « trop autoritaire », image que lui associent 45 % des Français (dont 44 % des sympathisants de gauche) : « elle fait sévère et dure », « il faudrait qu’elle sourie plus, qu’elle fasse plus humaine, plus sensible ».



En termes d’opinion, l’image de Martine Aubry est surtout celle d’une ambivalence apparente : proche et authentique, mais simultanément méconnue et professionnelle de la politique. L’alliage, autrement dit, d’une familiarité distante...
Cet alliage s’explique par un refus de donner à voir sa vie personnelle et privée (qui nourrit la méconnaissance perçue) et, en revanche, par une implication « sur le terrain » et par un refus des excès de la mise en scène et de la communication (qui nourrit l’image d’ « authenticité »).
Il s’agit là d’un modèle nouveau et original, très différent de ceux qu’incarn(ai)ent François Mitterrand (qui entretenait une relation « charnelle » avec la France), Lionel Jospin (professionnel sans grande proximité), François Hollande (l’« ami ») ou encore Ségolène Royal.


Viavoice

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