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Études ponctuelles

Description

Persistance des difficultés économiques dans les entreprises et scepticisme des dirigeants face à la nouvelle majorité présidentielle

La crise n’est pas finie, et elle continue d’inquiéter les acteurs économiques et l’ensemble des partenaires sociaux : alors que les syndicats s’inquiètent des incertitudes pesant sur près de 45 000 emplois en France, les représentants patronaux (Medef, CGPME) insistent sur la nécessité de préserver la compétitivité des entreprises dans les prochaines négociations avec le nouveau gouvernement.

Dans ce contexte, cette nouvelle vague de l’Observatoire de l’économie française fait ressortir les incertitudes pesant aujourd’hui sur les perspectives des dirigeants d’entreprises :

- D’abord en matière de conjoncture économique, celle-ci demeurant difficile : l’amélioration des perspectives observées au premier trimestre 2012 ont été remises en cause par les incertitudes actuelles sur la zone euro, et une activité en France qui tarde à repartir, avec des conséquences très concrètes en matière de résultats, de trésorerie, voire de motivation au sein des entreprises ;
- Ensuite concernant les décisions politiques à venir, en France comme en Europe : renégociation du Pacte budgétaire, sommets sociaux, financement des prochaines réformes en matière de retraites, de salaires, de dépendance, etc.. Ce lot d’incertitudes créant chez les dirigeants un fort scepticisme vis-à-vis du nouveau gouvernement, qui aura donc la lourde tache de relancer l’activité tout en rassurant et convaincant des acteurs économiques aujourd’hui inquiets.

 

Faible activité économique et défiance envers le nouveau président de la République

Alors que les perspectives des dirigeants s’étaient améliorées au premier trimestre, faisant espérer une sortie de crise progressive, la conjoncture semble s’être retournée aujourd’hui sur le plan macro-économique :

- Ainsi, seuls 24 % des dirigeants se disent aujourd’hui « confiants » pour l’économie française, avec une baisse de 14 points par rapport à février. Cet indicateur de confiance générale pour l’économie revient ainsi à son niveau de novembre 2011, alors en pleine crise de la dette et après deux plans de rigueur gouvernementaux.
- Dans le détail, tous les indicateurs de confiance sont par ailleurs en baisse : 18 % des dirigeants sont confiants sur la croissance, en baisse de 5 points, 16 % pour les déficits (-2), 12 % pour l’emploi (-5) et 36 % pour la maîtrise de l’inflation (-2).

Ces perspectives s’expliquent par le contexte actuel : la Banque de France prévoit depuis début mai une croissance nulle au deuxième trimestre (0,2 % pour l’Insee) et Michel Sapin a annoncé mercredi une hausse du chômage pour le douzième mois consécutif.

Mais ce qui est plus inquiétant pour la nouvelle majorité, c’est que ces inquiétudes se doublent
d’un profond scepticisme, de la part des dirigeants d’entreprise, sur la capacité de François
Hollande et du nouveau gouvernement à créer les conditions nécessaires à la relance de
l’activité.
Ainsi seuls 30 % des dirigeants déclarent faire confiance au nouveau Président pour soutenir
la croissance économique, contre 67 % « pas confiance ». Sur le plan européen, la capacité à
renégocier le traité européen pour intégrer des politiques de croissance à l’échelle européenne
est également mise en doute par 70 % d’entre eux, alors que ces objectifs font partie des
priorités du nouveau gouvernement de la République depuis sa prise de fonction.
Mais c’est également la capacité de la nouvelle majorité à limiter la fiscalité des entreprises
qui est remise en cause, puisque 76 % des dirigeants ne pensent pas que la fiscalité sur les
PME sera réduite – pourtant une promesse de campagne – et 84 % ne lui font pas confiance
pour « ne pas augmenter le taux global de prélèvement ».
Enfin, alors que François Hollande a répété pendant la campagne (et depuis son élection) qu’il
visait un objectif « zéro déficits » en 2017, seuls 12 % des dirigeants lui font confiance sur cet
objectif (contre 85 %).


L’introuvable croissance


Or, derrière cette défiance forte se cachent vraisemblablement deux réalités :
- D’une part la défiance des entrepreneurs vis-à-vis d’une nouvelle majorité de gauche, dont
ils redoutent l’image dépensière et sa plus grande proximité vis-à-vis des syndicats ;
- Mais il s’agit également d’une défiance plus générale des dirigeants sur la capacité d’action
des pouvoirs publics, après quatre ans de crise qui ont fait échouer beaucoup d’initiatives
gouvernementales, en France comme dans la plupart des pays de la zone euro.
Car en dépit des annonces, la situation semble se dégrader au sein de nombreuses
entreprises : 59 % des dirigeants seulement se disent confiants pour leur entreprise, en baisse
de 11 points, et dans le détail leur niveau de confiance chute tant sur le chiffre d’affaire (57 %
confiants, -9) que sur les résultats nets (54 %, -10), la trésorerie (58 %, -6) ou la motivation
des salariés (69 %, -5), qui pourrait ainsi être également impactée dans les mois qui viennent.
Cette situation dégradée entraîne par ailleurs une baisse des intentions d’investissement ou
d’embauche, ce qui rend peu probable une reprise de l’activité avant la fin de l’année.
Entre fort scepticisme vis-à-vis du politique et inquiétudes sur l’activité, un pessimisme certain
s’est donc installé chez les dirigeants après le retour de confiance enregistré au premier
trimestre. Ainsi, et alors que les gouvernements français et européens parlent de plus en plus
de croissance, les dirigeants d’entreprise semblent de leur côté toujours en train de la
chercher.

Télécharger en pdf le baromètre d’opinion économique Viavoice, ACFCI, Les Echos, juin 2012pdf.jpg