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L'état d'esprit des dirigeants d'entreprise

Description

Inquiétude record des dirigeants d’entreprise pour l’économie française, et réserves concernant la réforme du marché du travail

Avec une croissance française nulle en 2013, et une reprise au sein de la zone euro tout aussi précaire, les perspectives des dirigeants d’entreprise atteignent des records de scepticisme.

D’un point de vue macro-économique, les perspectives d’emploi et de croissance, notamment, atteignent des niveaux d’inquiétude inégalés depuis le début de la crise économique et financière.

Près d’un an après l’élection présidentielle, les dirigeants se montrent par ailleurs très sceptiques sur la politique gouvernementale envers les entreprises :
• Alors que l’aile gauche de la majorité reproche au gouvernement ses « cadeaux aux entreprises », notamment sous la forme du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), les dirigeants s’estiment au contraire peu écoutés. Ainsi les deux tiers d’entre eux (67 %) jugent que la politique du gouvernement envers les entreprises « s’est détériorée » ces derniers mois ;
• Les dirigeants d’entreprise ne semblent pas non plus pleinement convaincus du bien-fondé du récent accord interprofessionnel réformant le marché du travail, pourtant signé par trois organisations patronales (Medef, CGPME, UPA). Alors que le gouvernement et les partenaires sociaux signataires avaient fait de cet accord un symbole de réussite du dialogue social, il semble qu’une vraie pédagogie soit encore nécessaire sur son contenu, tant auprès des salariés réfractaires (représentés notamment par la CGT et FO) qu’auprès de dirigeants d’entreprise parfois inquiets de sa mise en place et du coût de certaines mesures.

Des inquiétudes macro-économiques et sectorielles en hausse pour les mois à venir

La conjoncture continue de se dégrader si l’on en croit les prévisions des dirigeants d’entreprise :
• Ils sont 80 % à se déclarer « pas confiants » pour l’économie française, en hausse de 3 points depuis décembre 2012, dont 40 % « pas du tout confiant » (+9) ;
• Dans le détail les niveaux de confiance concernant l’emploi (8 % confiants, stable) et la croissance (10 % confiants, -4) n’ont jamais été aussi faibles depuis mars 2009, sans que les perspectives sur les déficits publics (11 % confiants, -3) ne s’améliorent.

Enfin, si une majorité de dirigeants demeurent confiants pour leur propre activité (65 %), les inquiétudes sectorielles observent également une hausse significative avec 35 % des dirigeants « pas confiants » sur la santé de leur propre entreprise dans les mois à venir, en hausse de 5 points depuis décembre.

Ainsi, et alors que le gouvernement pariait il y a peu sur un début de reprise en 2013, la perspective d’une croissance nulle a semble-t-il exercé un effet délétère sur les décideurs, qui s’inquiètent par ailleurs de la dégradation de leurs résultats dans un contexte d’austérité peu propice à la consommation et à l’investissement :
• Ils ne sont ainsi que 54 % à se déclarer confiants sur leur chiffre d’affaire pour l’année en cours, en baisse de 6 points par rapport à décembre ; • En termes de résultat net, seul un dirigeant sur deux (48 %) se déclare aujourd’hui confiant, en baisse de 7 points. Dans ce tableau très pessimiste de l’état de l'économie française et de ses entreprises, subsiste toutefois une motivation forte de la part des salariés (69 % des dirigeants sont confiants sur leur motivation, en hausse de 4 points) et des perspectives d’embauche facilitées pour les dirigeants : 49 % d’entre eux sont en effet confiants sur la « facilité à trouver de nouveaux salariés », en hausse de 6 points. Accord sur la réforme du marché du travail : problème de pédagogie ou inquiétudes réelles ? Un peu plus de deux mois après sa signature par les partenaires sociaux (dont trois organisations patronales et une majorité de syndicats), et à quelques semaines de son vote au Parlement, l’accord sur la sécurisation de l’emploi fait encore débat. Le consensus issu des négociations, que les signataires présentent comme un accord « gagnant-gagnant » car permettant d’aller vers plus de « flexi-sécurité » (plus de flexibilité pour les entreprises, plus de sécurité pour les salariés), suscite en effet un certain nombre de critiques :
• Côté syndical et politique : la CGT, FO, et un certain nombre d’élus de gauche (y compris socialistes) émettent des réserves sur un texte qu’ils jugent déséquilibré et favorable au patronat (car facilitant les licenciements et permettant des accords de « maintien dans l'emploi », garantissant l’emploi en échange d’une baisse des salaires ou d’une augmentation du temps de travail) ;
• A l’inverse, un certain nombre de dirigeants d’entreprise s’inquiètent des concessions accordées et de leur coût, qu’il s’agisse de la hausse des cotisations chômage sur certains CDD, ou de l’accès généralisé à une complémentaire santé collective (financée pour moitié par l'employeur). D’où un fort scepticisme des dirigeants face à cet accord : 55 % d’entre eux jugent la réforme à venir comme étant « une mauvaise chose » pour lutter contre le chômage, et 56 % « pour relancer la croissance économique ». A l’inverse, ils ne sont que 35 % à juger l’accord bénéfique en matière d’emploi, et 32 % en matière de croissance.

Après le défi du dialogue social, le gouvernement comme les partenaires sociaux signataires se trouvent donc confrontés à un nouvel enjeu : convaincre les publics concernés du bien-fondé de la réforme, mais aussi de ses impacts potentiels sur l’économie.

 

François Miquet-Marty et Aurélien Preud’homme
Institut Viavoice

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