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Moral des cadres

lundi, 01 septembre 2008

Description

La publication des chiffres de croissance négative pour le deuxième trimestre 2008 (-0,3 %) aura fait l’effet d’une douche froide. Après une lente dégradation du moral des cadres, enregistrée depuis l’élection présidentielle, et après un léger regain au mois de mai dernier, le moral des cadres plonge aujourd’hui à -30, soit un repli de 6 points par rapport aux données enregistrées avant l’été.

Ce résultat (-30) constitue un record historique depuis la création du baromètre en janvier 2004, puisque l’étiage du moral des cadres se situait, jusqu’ici, à -28, enregistré en mai 2005 (victoire du « non » au référendum) et également en novembre 2005 (émeutes dans les banlieues).
La présente enquête révèle que ce record négatif s’explique notamment par des inquiétudes majeures sur le registre macro-économique, mais que les indicateurs de confiance micro-économique ne se dégradent pas ; dans ce contexte morose, l’Europe apparaît comme une solution pour l’avenir.


Des inquiétudes majeures pour l’emploi et le niveau de vie

Pour l’essentiel, cette baisse du moral des cadres s’explique par deux facteurs précis, qui s’inscrivent dans le contexte de dégradation de
la conjoncture :
- Des inquiétudes croissantes en matière d’emploi : seulement 12 % des cadres estiment désormais que « dans les mois qui viennent, le nombre de chômeurs en France » va « diminuer », soit une baisse de 17 points par rapport à la précédente vague ; ces craintes sont largement nourries par la médiatisation des destructions d’emploi au deuxième trimestre, en particulier dans l’industrie (- 12 %)
- Des inquiétudes croissante en matière de niveau de vie : 7 % des cadres estiment que le « niveau de vie en France » va s’améliorer, soit un repli de 4 points. Pour sa part, ce pessimisme est conforté par les insatisfactions persistantes en matière de pouvoir d’achat, et par l’augmentation des prix à la consommation, constatés pour juillet 2008 par l’Insee (+ 3,6 % en variation annuelle).


La résistance des indicateurs économiques personnels

En revanche, sur un registre micro-économique, les cadres n’affichent pas de défiance supplémentaire par rapport à juin :
- En matière d’anticipations financières, 16 % des cadres estiment que « dans les mois qui viennent », leur « situation financière » va « s’améliorer », soit un score comparable à celui enregistré avant l’été (+1 point) ;
- En matière de motivation professionnelle : 52 % des cadres pensent que leurs « collaborateurs sont actuellement » « motivés » soit un score identique à celui du mois de juin sur cette même question ;
- En matière d’opportunités professionnelles : 26 % des cadres pensent disposer d’opportunités « importantes » pour « faire progresser » leur « carrière dans les mois qui viennent », soit un résultat en légère comparable avec celui de juin (+ 1 point).


Persistance de l’espoir européen

Dans ce contexte difficile, l’Europe apparaît comme une solution pour les cadres : plus des trois quarts d’entre eux (77 %) souhaitent une « politique sociale et fiscale européenne », laquelle pourrait permettre d’harmoniser les politiques économiques. De même, l’Union Pour la Méditerranée recueille un large assentiment (70 %), et celle-ci pourrait offrir des perspectives nouvelles de développementéconomique. Concrètement, l’européisme traditionnel des cadres se double, aujourd’hui, d’un espoir économique à l’heure où les difficultés conjoncturelles touchent l’Europe tout entière.
En revanche, « l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne » demeure rejetée par une majorité de cadres (52 %).
Pour les mois qui viennent, il est décisif que le déclin du moral des cadres soit enrayé, afin de limiter tout effet de contagion sur l’ensemble de l’économie. L’une des clés de cette évolution sont les indicateurs micro-économiques : leur résistance est de bonne augure, puisqu’elle signifie que les cadres n’envisagent pas de nouvelles dégradations de leurs situations personnelles. Mais si les anticipations micro-économiques venaient à se détériorer, la donne deviendrait, alors, très compromettante.

François Miquet-Marty
Viavoice

Télécharger en pdf le sondage Viavoice - HEC - France Inter - Le Figaro - L'Express du 01 septembre 2008