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Moral des cadres

lundi, 01 décembre 2008

Description

Après cinq mois de baisse sans précédent : stabilisation du moral des cadres. Les dépressions collectives peuvent-elles connaître des rémissions rapides ? La chute de l’indice synthétique du « Moral des cadres», enregistrée au cours des cinq derniers mois a frappé par sa brutalité et son ampleur (-18 points) et par le niveau record de l’étiage atteint (-42).

Aujourd’hui, plus de deux mois après la faillite de Lehman Brothers et le sauvetage d’AIG (15-17 septembre), la crise financière et économique continue à étendre ses ramifications. Pour autant, les nouvelles données enregistrées révèlent une stabilisation du moral des cadres : l’état d’esprit collectif ne s’améliore pas, mais la spirale récessive, à l’oeuvre jusqu’ici, est désormais enrayée.


Stabilisation du « Moral des cadres »


Désormais établi à -40, l’indice synthétique du Moral des cadres est stabilisé (+2 points par rapport au mois dernier). De manière générale ces résultats s’inscrivent dans le double contexte de l’après G20 (16 novembre), et de la publication de résultats économiques moins mauvais en France qu’à l’étranger (croissance du PIB de +0,1 % au troisième trimestre, succédant au mauvais chiffre de -0,3 % au deuxième trimestre).

Plus concrètement, cette stabilisation s’explique prioritairement par trois facteurs de nature et de niveaux très différents :

  • La « motivation des collaborateurs » des cadres demeure établie à un niveau élevée : 54 % des cadres estiment que leurs collaborateurs sont «motivés», soit un score comparable à celui enregistré lors de la dernière mesure (-1 point) ; ce facteur est décisif car il constitue, face à la crise actuelle, l’illustration de la combativité des acteurs économiques qui ne cèdent pas au découragement ;
  • Le « niveau de vie en France » donne lieu à des anticipations relativement moins négatives que ces derniers mois : 10 % des cadres estiment que le « niveau de vie en France » « s’améliorera d’ici un an », soit une progression de 3 points par rapport à la précédente mesure : ces données définissent, pour une part encore certes très minoritaire des cadres, un horizon de sortie de crise à moyen terme ;
  • Les anticipations en matière d’emploi : seuls 4 % des cadres estiment que le « nombre de chômeurs en France » va diminuer, soit un score identique à celui enregistré le mois dernier.

Pour sa part, cette stabilisation est sans commune mesure avec celle qui concerne la motivation des collaborateurs : elle est la traduction d’un seuil minimal, quasiment impossible à transgresser en raison de sa faiblesse.
Ainsi la « stabilisation » à l’oeuvre aujourd’hui repose-t-elle à la fois sur un élément positif et encourageant (la motivation des cadres) et sur un élément extrêmement négatif et qui ne se détériore plus parce qu’il a déjà atteint un niveau proche de zéro (les anticipations en matière d’emploi).


Intensification des inquiétudes financières personnelles

En revanche, les cadres se révèlent de plus en plus inquiets concernant leur propre situation personnelle, à court terme : seuls 9 % d’entre eux estiment que leur « situation financière » personnelle va « s’améliorer » dans les mois qui viennent ; ce résultat traduit un repli de trois points par rapport au mois dernier, et, dans la durée, une baisse de treize points par rapport au mois de novembre 2007.

Ces inquiétudes personnelles s’expliquent par :

  • Des anticipations négatives concernant l’évolution des salaires et des primes dans les entreprises : 73 % des cadres estimaient le mois dernier qu’il y aurait « moins d’augmentations de salaires et de primes » dans leur entreprise.
  • Les anticipations fortement négatives en termes d’emploi, amplifiées par le contexte des périodes d’inactivité dans le secteur automobile ;
  • La crise boursière : lors de la réalisation du sondage, le CAC 40 glissait sous la barre des 3 000 points (2 980 points le 20 novembre), atteignant ainsi son plus bas niveau depuis plus de cinq ans, en mai 2003 (la barre maximale des 6 000 points ayant été atteinte en 2007).



Le souhait massif d’une forte régulation

Pour l’avenir, les cadres estiment nécessaire de « réguler le système économique et financier » de façon « forte » (82 %) : 39 % en appellent à une régulation « très forte », et 43 % à une régulation « assez forte ». Ces scores massifs désignent à la fois :

  • Une profonde évolution des conceptions économiques ;
  • L’ampleur des attentes envers le sommet du G20 et ses suites ;
  • Des conditions favorables au positionnement interventionniste de Nicolas Sarkozy.

Les résultats de cette enquête correspondent à une nouvelle séquence de l’opinion économique des cadres : à une période de dépression croissante succède aujourd’hui une stabilisation des indices, à des niveaux très faibles. Les mois qui viennent diront si, à la faveur de la conjoncture économique, des décisions prises au niveau international et français, cette stabilisation se prolonge en amélioration.

François Miquet-Marty
Viavoice

Télécharger en pdf le sondage Viavoice - HEC - France Inter - Le Figaro - L'Express du 01 Décembre 2008