Monday, 09 February 2009

Description

Le nouveau président américain serait-il l’homme providentiel ? Dans le contexte de la crise, interprétée comme un cumul de défiances (à l’égard du système financier, des banques, du libéralisme, de notre modèle de société), l’élection de Barack Obama apparaît comme une source inespérée de confiance.

L’investiture du 20 janvier a notamment cristallisé des espoirs autour de la relance de l’économie américaine, et de la limitation des dérives financières du capitalisme. Pour autant, notre enquête mensuelle révèle que les cadres français émettent un jugement plus nuancé : s’ils accordent leur confiance économique au nouvel élu, ils se révèlent bien moins enthousiastes sur le registre financier. Par ailleurs, pour ce qui concerne la France, les cadres se montrent de plus en plus partagés entre inquiétudes et motivation professionnelle.


Une confiance économique

Barack Obama bénéficie d’un crédit économique massif auprès des cadres français. Les deux tiers d’entre eux (67 %) estiment que le
président américain « peut vraiment relancer l’économie américaine ». Cette perception est largement répandue, aussi bien auprès des
cadres du secteur privé (68 %) que du secteur public (66 %). Cette conviction est favorisée par plusieurs facteurs :

  • La réalisation du plan de relance de l’économie américaine ;
  • L’idée selon laquelle le nouveau président peut vraiment « améliorer l’image des entreprises américaines dans le reste du monde » (63 %) ;
  • L’hypothèse d’un choc de confiance, et l’espoir en l’efficacité de politiques économiques en rupture avec celles des années Bush.



Un scepticisme financier

En revanche les cadres se révèlent très sceptiques concernant la capacité de Barack Obama à « supprimer les dérives financières de l’économie américaine » : 47 % des personnes interrogées le pensent, contre 47 % également d’un avis inverse. Les femmes, qui comptent traditionnellement parmi les publics les plus « obamaphiles », ne sont que 51 % à lui accorder leur confiance sur ce registre.
Ce scepticisme trouve certes des éléments d’explication, parmi lesquels figurent la plus grande difficulté à faire évoluer la sphère financière, la nécessité d’une coordination internationale pouvant passer par la coordination du G20.
Mais il apparaît également comme une mauvaise nouvelle. Pour autant que les « dérives financières » constituent l’une des origines de la crise actuelle, cette défiance enregistrée signifie que, pour les cadres français, il est très difficile de brider cette pathologie. Il y va, par voie de conséquence, de la capacité des principaux Etats à réguler le capitalisme financier et à éviter la reproduction des désastres récents.


Pour la France, des cadres de plus en plus partagés entre inquiétudes économiques et motivation professionnelle

Concernant la situation de la France, les cadres se révèlent de plus en plus partagés entre des inquiétudes économiques pour l’avenir, et le constat de motivations professionnelles en progression.

En termes économiques, la nouveauté réside en l’affaiblissement des « opportunités professionnelles » perçues par les cadres pour eux-mêmes : désormais, seuls 18 % des cadres estiment disposer d’opportunités « pour faire progresser » leur « carrière » au cours des « mois qui viennent ». Ce score est le plus mauvais enregistré depuis l’élection présidentielle de Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, les cadres se montrent toujours autant pessimistes concernant l’emploi en France (3 % estiment que la situation de l’emploi peut s’améliorer, soit un score comparable à celui enregistré le mois dernier (2 %)), et concernant le niveau de vie (7 %, + 1) ; En termes de motivation, les cadres affichent un nouveau record à la hausse :
59 % d’entre eux estiment que leurs « collaborateurs » sont actuellement « motivés », soit un résultat en hausse de 10 points par rapport au mois de septembre, et un record absolu depuis la création du baromètre, en janvier 2004. Cette dynamique de motivation s’explique à la fois par des facteurs positifs (se mobiliser face à la crise) et par des facteurs moins nobles (préserver sa situation en période difficile). Plus de quatre mois après l’amplification de la crise (faillite de Lehman Brothers), les cadres français s’inscrivent dans une forme de sinistrose : toujours inquiets pour la conjoncture macro-économique de la France, de plus en plus inquiets pour leur propre avenir, ils expriment encore, principale source d’espoir, une dynamique de motivation constatée autour d’eux.

Pour le reste, ils se révèlent plus circonspects que prévu face à l’élection de Barack Obama. Si l’« Obamania » a été largement répandue, les cadres français font plus confiance au nouveau président pour relancer l’économie américaine, que pour corriger le système financier américain. C’est un optimisme plus conjoncturel que structurel.


François Miquet-Marty,
Viavoice

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice  du 09 Février 2009