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Baromètre des décideurs. Viavoice – HEC – Le Figaro – BFM Business. Décembre 2022

Forte dépréciation du Moral des Décideurs : entrée du moral économique en zone de risque systémique

Le moral économique est performatif. Sa dynamique, les niveaux qu’il atteint peuvent être source d’accélération économique, ou au contraire de décélération.

Jusqu’ici, les données enregistrées par le Baromètre des Décideurs Viavoice – HEC Paris – Le Figaro – BFM Business conjuguaient pessimisme et attentisme, signe d’une économie française qui « résiste » moins mal que ses homologues européennes.

Mais aujourd’hui, les résultats de cette nouvelle livraison révèlent à la fois une chute brutale, et surtout l’entrée du moral économique dans cette zone de risque systémique, où la démoralisation peut être synonyme de ralentissements majeurs des décisions économiques.

Effondrement et zone de risques

Les données sont sévères : l’indice global du Moral des Décideurs s’établit désormais à -41, soit non seulement une baisse de 7 points par rapport aux résultats enregistrés en septembre, mais surtout un niveau extrêmement faible.

Concrètement, ce score proche des « -40 » a précédé les records historiques de faiblesse du moral des décideurs : -56 dans le sillage de la crise financière de 2008, -56 également en écho à la crise des dettes souveraines, et -48 face à la pandémie de Covid-19. Si l’on met à part la « crise Covid » de nature exceptionnelle et qui avait donné lieu à une redynamisation exceptionnellement rapide, les précédentes crises s’étaient soldées par une lente et laborieuse reconstruction du moral économique. C’est à l’aube de ce scénario que nous nous situons aujourd’hui, avec un risque élevé de contraction des intentions économiques.

En pratique, cette forte dépréciation actuelle du moral économique est d’autant plus étayée qu’elle repose sur une pluralité de facteurs :

  • L’anticipation de l’évolution du niveau de vie en France : 78 % des décideurs et des Français anticipent une dégradation (respectivement, + 2 points et + 1 point depuis septembre 2022).
  • Face aux difficultés auxquelles vont également être confrontées les entreprises, la perspective d’une hausse du taux de chômage par les Décideurs marque une augmentation de 8 points depuis le mois de septembre, partagée par 58 % des cadres et 59 % des Français (+ 3 points).
  • Période peu propice à une projection positive du point de vue professionnel, les trois quarts des décideurs (74 %) estiment que les opportunités de faire progresser leur carrière dans les mois à venir seront faibles, soit le plus haut score depuis une année et demi (mai 2021).
  • Deux tiers des Français envisagent une dégradation de leur situation financière (64 %), anticipation qui marque le pas côté décideurs dont 26 % estiment qu’elle va rester stable (+ 6 points depuis septembre).
  • Indicateur marqué par des variations erratiques depuis plusieurs mois maintenant, la motivation des collaborateurs accuse une légère baisse du point de vue des cadres (44 %, – 2 points) mais une bien plus large chute du point de vue des actifs en général, dont plus d’un sur deux (53 %, + 5 points) estime qu’elle est en baisse en cette fin d’année éprouvante à tous les points de vue.

    Les réponses : une aspiration à une « respiration économique »

    Dans un temps qui voit les entreprises perdre des marges de manœuvre, celles-ci appellent d’abord à une liberté et à une baisse de la pression fiscale sur la demande pour atténuer la crise du pouvoir d’achat qui s’abat sur les consommateurs :

    • 47 % des décideurs se déclarent favorables à une baisse importante des prélèvements sur les ménages (+ 6 points), mesure également partagée par 48 % du grand public (- 2 points), ainsi qu’à des avantages pour les entreprises qui produisent en France et à une simplification des règles qui pèsent sur les entreprises.
    • 26 % des décideurs et 3 Français sur 10 réclament également une baisse importante des prélèvements sur les entreprises (respectivement une hausse de 1 et 4 points depuis le mois de juin).
    • En réponse à la crise du pouvoir d’achat qui frappe d’abord les petits salaires, 38 % de l’opinion souhaite une augmentation significative du SMIC et des minima sociaux pour survivre.

    L’environnement et les entreprises : les indicateurs d’engagement

    Ces tendances sont d’autant plus préoccupantes qu’elles s’inscrivent bien entendu en regard des périls climatiques et environnementaux, qui appellent de puissantes adaptations de la part des acteurs économiques.

    • Si 78 % des décideurs et 71 % de l’opinion déclarent être inquiets du changement climatique, près de trois cadres sur 10 se déclarent même « très inquiets » (30 %), position partagée par 26 % des Français.
    • S’agissant des solutions envisagées et dans un contexte qui place cet enjeu pour les prochains mois au cœur du débat public et du quotidien des Français, c’est la réduction de la consommation d’énergie qui occupe la première place des préoccupations pour 54 % des décideurs (+17 points depuis juin) et 45 % des actifs (+13 points).

    Pouvoir d’achat et consommation : la question sociale inflammable à l’approche des fêtes et d’un hiver redouté

    L’inflation est d’abord une expérience de proximité :

    • 89 % des décideurs et 81 % des Français ont le sentiment que leur pouvoir d’achat a diminué depuis le début de la guerre en Ukraine, dont un tiers qui ont même le sentiment qu’il a « fortement diminué » ;
    • En conséquence, une très large majorité à la fois des décideurs et des ménages ont réduit leur consommation ces derniers, attitude partagée par 65 % des premiers et 67 % des seconds. Enseignements qui incitent à l’inquiétude, c’est à la fois au niveau des loisirs (71 %), de l’alimentation (68 %) et de la consommation d’énergie (67 %) que des sacrifices de dépenses ont été réalisés par la population française, cocktail qui menace aussi bien la santé et que la cohésion sociale d’une société éprouvée.
    • Dans la difficile équation qui lie le sort des entreprises à celui des salariés, aussi bien les décideurs que les Français se positionnent en faveur d’une augmentation des salaires « quoiqu’il en soit » (68 % et 69 %), et même si cela « fragilise la situation financière » des entreprises (48 % et 47 % y sont favorables), au risque de fragiliser paradoxalement leur capacité à moyen-terme à verser les salaires. C’est dire la tension qui accompagne actuellement l’enjeu du pouvoir d’achat et la reconnaissance du travail.

     

    Adrien Broche
    Consultant

    François Miquet-Marty
    Président

    Par :

    François Miquet-Marty
    Adrien Broche
    Lola Lusteau

     

    Publié le 01/12/2022

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