Politique

Baromètre des décideurs. Viavoice – HEC – Le Figaro – BFM Business. Septembre 2023

Sous l’apaisement de l’actualité,
l’installation d’un système d’alertes cumulatives

Cette « rentrée 2023 » serait-elle enfin un temps d’apaisement, plus propice au climat des affaires ? Les débats sur la réforme des retraites, qui avaient électrisé le premier trimestre, puis les violences urbaines survenues du 27 juin au 7 juillet paraissent révolus et les tensions de l’actualité pour une large part surmontées.

Pourtant, cette nouvelle livraison du Baromètre des Décideurs Viavoice – HEC Paris – Le Figaro – BFM Business révèle un tout autre portrait : l’installation d’un système d’alertes cumulatives, d’ombres portées sur les perceptions de l’avenir.

L’indice du moral des décideurs : inquiétudes conjoncturelles

Alors que le baromètre laissait apparaître une embellie constante depuis le printemps dernier, le moral des décideurs accuse une forte chute en cette rentrée. L’indice du moral des cadres Viavoice – HEC Paris – Le Figaro – BFM Business s’établit ainsi à -34, son plus faible score depuis le mois de mars, alors que les débats sur la réforme des retraites battaient leur plein.

En cause, une dégradation des anticipations économiques :

  • 73 % des décideurs estiment que le niveau de vie en France se dégradera d’ici un an, un score en hausse de 13 points depuis le mois de juillet
  • Une majorité des décideurs (54 %) anticipent également une hausse du nombre de chômeurs en France dans les prochains mois (+15 points)

Ces détériorations du moral économique répondent à des perspectives de conjoncture il est vrai plus difficiles :

  • En matière de PIB : la Banque de France anticipe une croissance 2024 à 0,9 % (contre 1,4 % selon Bercy)
  • En matière d’hydrocarbures : d’importantes pénuries pétrolières sont attendues d’ici la fin 2023 en raison des contractions des productions et exportations saoudiennes et russes
  • En matière de contraintes sur les dynamiques économiques : le récent relèvement du taux directeur de la BCE à 4,5 %, destiné à contenir les dérives inflationnistes n’envoie pas un signal de conquête.

Climat : des entreprises face à la montée des périls

Après un nouvel été marqué par des températures record et des catastrophes climatiques, le regard de l’opinion sur l’urgence climatique se durcit légèrement : 83 % des cadres et     79 % des Français se déclarent inquiets du changement climatique, des scores en hausses respectives de 4 et 3 points depuis le mois de juillet.

Mais à ce stade, l’engagement des entreprises stagne : 47 % des cadres et 49 % des personnes en activité professionnelle estiment que leur entreprise n’est pas engagée sur les enjeux climatiques… Ces données indiquent, pour une part des entreprises, la nécessité à venir d’adaptations structurelles (chaîne de valeur, de production, business model, etc.).

Pouvoir d’achat : une réalité du quotidien présent, une priorité d’action pour l’avenir

Alors que les principales préoccupations des Français restent encore largement dictées par la thématique du pouvoir d’achat, l’opinion fait montre d’une forte préoccupation à ce  sujet : 75 % des cadres et 8 Français sur 10 se disent inquiets s’agissant de l’inflation.

  • Pour le quotidien d’abord : près de 9 cadres et Français sur dix ont perçu l’impact de l’inflation sur leur pouvoir d’achat. Indicateur plus frappant encore : 69 % des cadres et 75 % des Français ont constaté une chute de leur niveau de vie ces derniers mois. La lutte contre l’inflation doit être la priorité du gouvernement pour 69 % des Français.
  • Un impact sur l’avenir aussi : 78 % des cadres et 81 % des Français estiment que l’inflation impacte leur capacité et leur ambition d’épargne. En pleine crise du logement, de quoi ternir les anticipations et les données économiques de demain.

Fin 2023 : le resserrement d’un faisceau de contraintes structurelles

Ainsi aux yeux des décideurs, cette fin d’année 2023 se présente-t-elle sous un faisceau de contraintes structurelles, qui se resserrent : croissance jugulée voire orientée à la baisse, tensions sur les prix des hydrocarbures, inflation néanmoins persistante, impératifs de transformations climatiques.

Comme ses partenaires européens, l’économie française entre dans une passe difficile. Certes, une partie de ces exigences peuvent à terme devenir des opportunités : la décarbonation peut devenir une voie de réindustrialisation, et des grappes d’innovations sont attendues pour les années futures. Mais d’un monde économique (réel et actuel) à l’autre (futur et potentiel), une partie des entreprises risquent d’entrer dans un gros temps de turbulences.

 

François Miquet-Marty
Président

Adrien Broche
Responsable des études politiques et publiées

Par :

François Miquet-Marty
Adrien Broche

 

Publié le 28/09/2023

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