Politique

Le baromètre politique Viavoice – Libération : Climat politique en vue des élections régionales, et portrait d’opinion concernant Marine Le Pen

Régionales : À la recherche des élections singulièrement introuvables

Il s’agissait de « refaire le monde ». Il y a un an presque jour pour jour, aux premières semaines de la pandémie, le baromètre Viavoice-Libération révélait de profondes aspirations à « un autre monde », qui serait celui d’après.

Un an plus tard, la perspective des élections régionales programmées pour les 13 et 20 juin, cristallisent-elles les attentions et les espoirs de changements ? L’occasion de reprendre les choses en main se profile-t-elle enfin ?

Cette nouvelle livraison du baromètre politique Viavoice – Libération révèle pour le moment un tout autre scénario.

Un intérêt en demi-teinte pour les prochaines élections régionales

Alors que rôde le spectre d’un report des élections régionales de juin, force est de constater que les Français n’expriment pas une attente démesurée pour cette élection.

Concrètement, 61 % des Français se disent intéressés par ces élections, mais 18 % seulement « très » intéressés. A l’inverse plus d’un tiers des Français expriment un réel désintérêt pour ce prochain rendez-vous démocratique. Une tendance qui s’exprimedavantage auprès des sympathisants de gauche et des électeurs du Rassemblement national.

Crise sanitaire et déficit d’information : des élections à l’aveugle

L’intérêt très relatif des Français pour les prochaines régionales trouve deux éléments d’explications principaux :

• Le déficit d’information de l’opinion sur ces élections est criant. Il concerne la tenue même de ces élections puisque 60 % ne connaissent pas les dates des régionales et 63 % ignorent les modalités du scrutin. Et ce manque d’information concerne tout autant le « casting » de l’élection. A trois mois du scrutin, 74 % des Français ne connaissent pas les candidats en lice et 78 % ignorent les programmes proposés.

• Les élections régionales pâtissent également du contexte encore très marqué de l’urgence sanitaire qui structure les enjeux et perceptions d’avenir. Les enjeux qui seront décisifs dans le choix du vote restent liés aux problématiques nationales. La sécurité, la santé et le pouvoir d’achat sont autant de facteurs déterminants dans le vote des Français. Les enjeux plus précisément liés aux territoires arrivent au second plan ; le développement économique de la région, le territoire et le rural ou encore les questions de mobilité sont finalement peu cités par les Français.

Rapport de force politique : l’incertitude

Même si la pandémie frappe encore le pays et plus durement certaines régions, la gestion de la crise sanitaire ne constitue pas un élément déterminant du choix du vote pour les Français. En ce sens, seuls 51 % des Français estiment que la gestion de la crise par le ou la Présidente de région sera importante mais pas décisive dans leur choix.

Malgré un bilan plutôt positif, 44 % des Français considérant qu’ils sont satisfaits de l’action de leur Président(e) de région, un tiers d’entre eux (33 %) souhaite une alternance pour leur région, mais 42 % ne se prononcent pas…

Ce souhait d’alternance est davantage porté par les sympathisants de gauche. D’ailleurs, auprès de ces derniers, des listes de rassemblement de la gauche s’affirment comme des nécessités : 77 % souhaitent une union de la gauche dès le premier tour de l’élection.

Les raisons d’une absence, l’idéal d’une présence

Proches (dans trois mois), les régionales semblent pourtant lointaines (dans l’esprit des Français). Certes, cette distance – sinon cette absence – procède de la surdétermination des enjeux d’actualité par la pandémie. Les candidates et les candidats, les projets, peinent à attirer l’attention en regard des épreuves sanitaires du quotidien. Dans La Peste, Albert Camus écrivait : « il n’y avait plus pour nous que des instants » (Quarto Gallimard, 2013 (1947), p. 605).

Mais il y a plus : le politique peine à se réarmer comme puissance de réinvention et de construction du monde de demain. Pour le moment, tout se passe comme si « le monde d’après » ne devait pas procéder du politique, et comme si l’enjeu des régionales était surtout un enjeu de sanction – ou non – des présidentes et des présidents sortants. Comme si la nécessaire gestion des urgences oblitérait la possibilité de regarder d’autres horizons. Si cette temporalité se confirme, ces régionales seront des scrutins de circonstances, plus que de régénération, de réinvention ou de dépassement.

Un divorce entre les rêves d’hier et les réalités d’aujourd’hui, qu’il serait légitimer de surmonter non seulement en raison du calendrier électoral, mais surtout pour débattre de nos avenirs communs, notamment à l’aune de la période inouïe que nous vivons.

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François Miquet-Marty et Stewart Chau

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Lire l’intégralité de l’étude

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Marine Le Pen : sous le « recentrage » programmatique, invariante ?

Marine Le Pen aurait changé : en appelant au sérieux budgétaire et au remboursement de la dette publique (tribune du 21 février 2021), s’intégrant dans un cadre européen (renonciation officielle au Frexit, reconnaissance de la libre circulation au sein de l’UE dans le cadre des accords de Schengen de 1985); serait venu le temps de la présidentialisation, succédant à celui de la dédiabolisation. Et la leader du RN puiserait dans cette mutation de prometteurs rapports de forces politiques en vue de 2022.

Loin de cette lecture linéaire, les résultats de cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice-Libération révèlent que la Présidente du RN conserve des traits d’image frappants.

Une opinion stable pour la Présidente du Rassemblement national

Le capital d’image détenu par Marine Le Pen reste stable : 26 % des Français ont une bonne opinion de la Présidente du RN. Au-delà des sympathisants RN, Marine Le Pen convainc près d’un tiers des sympathisants de droite, et des électeurs de François Fillon. De manière attendue, elle détient un taux de bonne opinion supérieur auprès des habitants du monde rural ainsi qu’auprès des employés et ouvriers.

Ce socle électoral se retrouve dans les scores du souhait de victoire : 26 % des Français souhaitent une victoire de Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle, loin des 50 % que l’on pourrait imaginer.

Cette stabilité des scores se retrouve dans l’image incarnée par le parti, 33 % des Français estiment qu’il incarne bien les valeurs de la République, un score quasiment en ligne avec ceux observés en 2015 (-3 points), et bien éloigné de l’hypothèse d’unemajorité de Français qui inscriraient désormais le RN dans les références républicaines.

Une crédibilité différenciée

Si 38 % des Français pensent que Marine Le Pen peut apporter des solutions utiles aux Français (score singulièrement élevé), celle-ci ne parvient pas à convaincre beaucoup plus que le Président de la République Emmanuel Macron : 25 % estiment qu’elle aurait fait mieux que le Président actuel et 28 % seulement pensent qu’elle a les compétences pour sortir la France des différentes crises.

Force est de constater que c’est un défi de crédibilité que ne parvient pas encore à relever la Présidente du RN. De manière attendue, jugée relativement crédible sur les crédos classiques du RN (immigration et sécurité) elle ne convainc toujours pas sur les enjeux écologiques et économiques. Sur ces deux sujets, les Français la jugent crédible à respectivement 24 et 29 %.

Aux sources du « mystère Le Pen »

Dès lors, comment comprendre les scores d’intentions de vote élevés, qui permettent à la présidente du RN de faire jeu égal avec Emmanuel Macron dans des hypothèses de second tour en vue de la présidentielle ?

Cette « hypothèse Le Pen » tient actuellement autant à la réalité du champ politique dans son ensemble, qu’aux atouts propres dont peut se prévaloir la fille de Jean-Marie Le Pen :

–  Certes son « recentrage » idéologique qui, loin de générer nécessairement une dynamique d’adhésion, atténue les préventions à son endroit et n’incite pas tous ses détracteurs à se mobiliser électoralement contre elle ;

–  Les oppositions au Président de la République (58 %) qui tempèrent l’idée de son éventuelle réélection ;

–  L’installation de Marine Le Pen en tant qu’« opposante numéro 1 », et donc comme force d’alternative ;

–  Le discrédit des forces politiques « de gouvernement » à incarner une crédibilité ou une compétence reconnues, notamment en regard de la crise sanitaire ;

–  La hiérarchie des préoccupations actuelles, au premier rang desquelles figure pour le moment « la sécurité des biens et des personnes ».

Autrement dit, la « dynamique » Le Pen n’est pas réductible à la pertinence de sa stratégie ou une irrépressible progression d’un « désir Le Pen » : elle traduit tout autant l’état général d’une offre politique qui ne parvient plus à convaincre la plupart des Français, ni à tracer, pour le moment, des perspectives d’avenir suffisamment mobilisatrices.

De quoi « Marine Le Pen » est-elle le nom ? Bien entendu, en partie, de sa propre histoire qu’elle tente de réécrire à l’encre indélébile ; mais également de l’état général du pays, d’une part de discrédit à l’encontre des offres politiques traditionnelles, et d’un épuisement face aux alternances connues.

D’ici un an, tout peut changer et la vocation des campagnes électorales consiste précisément à faire bouger les lignes. Mais aujourd’hui, en mars 2021, Marine Le Pen bénéficie d’un contexte porteur, d’un « moment » en résonance avec ses ambitions.

Par :
Stewart Chau
François Miquet-Marty
Publié le 24/03/2021

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