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Baromètre sexisme 2e édition. Viavoice – HCE. Janvier 2023

5 ans après #metoo, la réalité alarmante du sexisme en France

Alors que l’automne 2022 consacre les 5 ans du mouvement #metoo, la deuxième vague du « Baromètre sexisme » mené par l’institut Viavoice pour le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes permet de rendre compte des perceptions de l’opinion face aux inégalités de genre, mesurer l’adhésion aux outils existants de lutte contre le sexisme et restituer les situations vécues par les femmes.

Cette nouvelle édition du baromètre s’avère très riche d’enseignements. L’enquête dresse le constat d’une société française qui reste très sexiste dans toutes ses sphères, avec des femmes inégalement traitées par rapport aux hommes et victimes d’actes et propos sexistes dans des proportions importantes. Ces situations inquiétantes restent partiellement acceptées par toute une partie de la population dont des hommes dans le déni, reconnaissant l’existence du sexisme dans l’absolu mais refusant l’idée d’une responsabilité collective. Enfin, l’étude met également en évidence la défiance à l’égard des acteur·trice·s portant la lutte contre le sexisme et l’inefficacité des outils mis en place, laissant voir la marge de progression des pouvoirs publics dans les actions à mener.

1. Un constat grave et sans concessions sur l’état du sexisme en France

  • Une reconnaissance claire et massive de l’existence d’inégalités entre les femmes et les hommes dans toutes les sphères de la société

Dans leur immense majorité, les Français·e·s dressent le constat d’un monde sexiste où persistent des inégalités de traitement entre les genres : en effet, 93 % estiment que les femmes et les hommes ne sont pas traité·e·s de la même manière dans au moins une des sphères de la société.

A l’instar de la première vague, le monde professionnel s’avère particulièrement sexiste (seul·e·s 2 Français·e·s sur 10 estiment que les femmes et les hommes y sont égaux en pratique, un score en baisse de 3 points) suivi de près par les pratiques religieuses, les mondes politique et du sport, l’espace public, les réseaux sociaux, la vie de famille et les médias.

Les inégalités entre femmes et hommes semblent également s’être creusées dans certaines sphères : seul·e·s 53 % des Français·e·s considèrent que les femmes et les hommes sont traité·e·s de la même manière dans le cadre éducatif (école, études, examens, stages, formations), un score en baisse de 9 points.

Ce consensus d’un traitement inégal entre femmes et hommes suscite dans l’opinion le sentiment très net qu’il est plus difficile d’être une femme qu’un homme dans la société actuelle (55 % considèrent qu’il est difficile d’être une femme contre 20 % pour un homme).

  • Un vécu et une expérience du sexisme largement partagés et restitués par les femmes

Sur cette deuxième édition, les femmes sont toujours aussi nombreuses à déclarer avoir déjà personnellement vécu des situations sexistes : 80 % d’entre elles ont déjà eu l’impression d’avoir été moins bien traitées en raison de leur sexe, un score qui ne s’élève qu’à 37 % pour les hommes.

De manière attendue, c’est dans les sphères perçues comme particulièrement inégalitaires qu’elles ont vécu le plus ces situations sexistes : la rue et les transports (pour 57 % d’entre elles), le foyer (49 %) ou encore le monde du travail (46 %). 41 % des femmes âgées de 15 à 24 ans déclarent avoir vécu du sexisme à l’école ou dans leurs études.

Dans le détail, une majorité restitue des situations de « sexisme ordinaire » : 57 % des femmes ont déjà subi des blagues ou remarques sexistes, 41 % un déséquilibre dans les tâches ménagères, 41 % des sifflements et gestes déplacés de la part d’un homme, 38 % du mansplaining

L’enquête montre également que des situations de discrimination, violence et harcèlement sont vécues dans des proportions alarmantes :

– 23 % des femmes ont vécu un écart de salaire avec un collègue homme à poste égal ou compétences égales et 13 % une discrimination à l’emploi, des taux – qui s’élèvent à 34 % et 21 % pour les cadres.

– 15 % ont subi des coups (gifles, bousculade…) de la part de leur conjoint.

– Questionnées pour la première fois cette année, des situations de non-consentement sont clairement restituées : 37 % des Françaises ont déjà vécu une situation de non-consentement (c’est-à-dire qu’elles ont eu un rapport sexuel sous la contrainte – devant l’insistance d’un partenaire ou encore sous l’emprise d’alcool ou de drogue par exemple).

– Enfin, 14 % ont subi un « acte sexuel imposé » (22 % des femmes de 18 à 24 ans).

  • Le sexisme, une charge mentale importante et spécifique entraînant une privation de liberté pour les femmes dans leur quotidien

Ces situations vécues conduisent 9 femmes sur 10 à exprimer une charge mentale d’anticipation des actes et propos sexistes. Celle-ci les pousse notamment à mettre en place des stratégies d’évitement ou de renoncement telles que renoncer à sortir et faire des activités seules (55 %), renoncer à s’habiller comme elles le souhaitent (52 %), faire attention à ne pas parler trop fort ou hausser le ton (41 %) ou encore censurer leur propos par crainte de la réaction des hommes (40 %).

Nouvel enseignement de l’étude, 15 % des femmes ont déjà redouté voire renoncé à s’orienter dans les filières / métiers scientifiques ou toute autre filière / métier majoritairement composé d’hommes, surtout par crainte de ne pas y trouver leur place ou de s’y sentir mal à l’aise. Un taux qui s’élève à 22 % pour les 25-34 ans.

2. L’indifférence face à certaines situations sexistes « ordinaires », la difficulté pour les hommes à porter une responsabilité collective

  • Une acceptabilité des situations sexistes encore très fortement exprimée dans l’opinion

Si la conscience partagée d’inégalités entre les femmes et les hommes dans la société a été soulignée précédemment, les situations sexistes en tant que telles ne génèrent pas pour autant toujours de réactions de la part des Français·e·s et sont donc partiellement acceptées. C’est particulièrement le cas pour les situations de sexisme « ordinaire », « quotidien », « insidieux », qui indiffèrent davantage que les situations de discriminations, violences et harcèlements. A titre d’exemple :

– Seul·e·s 43 % des Français·e·s considèrent qu’il est problématique qu’une femme cuisine tous les jours pour toute la famille (11 % en sont révolté·e·s), 35 % sont indifférent·e·s et 17 % trouvent cela normal ou très bien.

– 61 % estiment que les blagues et remarques sexistes sont problématiques (un quart des Français·e·s sont révolté·e·s), 32 % sont indifférent·e·s et 4 % trouvent cela normal ou très bien.

Les clichés de genre, qu’ils soient à destination des femmes ou des hommes, demeurent profondément ancrés dans l’opinion. C’est particulièrement le cas pour les clichés qui renvoient aux sphères les plus inégalitaires de la société (le foyer, le monde professionnel) ou encore ceux qui relèvent de galanterie et « mise en valeur » des genres. Ainsi :

– 42 % des Français·e·s considèrent que les femmes concurrencent les hommes sur le marché du travail et un tiers déclare qu’il est normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants.

– 56 % considèrent que les femmes sont naturellement plus douces que les hommes et 42 % qu’il est plus difficile pour les hommes de pleurer que pour les femmes.

– 42 % estiment qu’il est acceptable qu’un homme aborde une femme dans la rue pour lui proposer d’aller boire un verre et 45 % qu’il est normal que l’homme paye l’addition au premier rendez-vous.

  • Des hommes qui s’avèrent beaucoup plus sexistes que les femmes…

Un clivage important entre femmes et hommes est mis en évidence par l’étude sur l’ensemble des indicateurs.

D’abord, les hommes sont beaucoup moins nombreux que les femmes à constater l’inégal traitement des femmes par rapport aux hommes et à considérer les situations et clichés sexistes comme problématiques (jusqu’à plusieurs dizaines de points d’écart avec les femmes sont observées). A titre d’exemple :

– 54 % des hommes considèrent que les hommes et les femmes sont traité·e·s de la même manière dans les médias contre 32 % des femmes (22 points d’écart).

– 57 % des hommes considèrent qu’un homme qui commente la tenue vestimentaire d’une femme est problématique contre 77 % des femmes. (20 points d’écart).

L’étude révèle ensuite un clivage générationnel parmi les hommes sur les perceptions vis-à-vis des inégalités et clichés.

On observe parmi les hommes plus âgés davantage de conservatisme : les hommes de 65 ans et plus s’avèrent être plus nombreux à considérer que les femmes et les hommes sont égaux en pratique mais à enfermer les genres dans des rôles sociaux très stricts. A titre d’exemples :

– Les hommes âgés de 65 ans et plus sont 78 % à considérer qu’un homme doit prendre soin financièrement de sa famille (contre 67 % en moyenne).

– 49 % d’entre eux considèrent qu’il est normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants (contre 40 % en moyenne).

– 47 % estiment qu’il est normal que les femmes prennent plus soin de leur physique que les hommes (contre 35 % en moyenne).

Parmi les hommes de moins de 35 ans, on observe davantage d’immaturité et une pénétration plus importante des clichés « masculinistes », qu’ils semblent percevoir comme une valorisation de leur genre :

– Par exemple, 20 % des 25-34 ans considèrent que pour être respecté en tant qu’homme dans la société, il faut vanter ses exploits sexuels auprès de ses amis (contre 8 % en moyenne).

– 21 % considèrent qu’il faut rouler vite (9 % en moyenne) et 23 % qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter (11 % en moyenne).

Ces jeunes hommes vont être également plus nombreux à exprimer des opinions sexistes sur des situations auxquelles ils sont a priori davantage exposés que leurs aînés. Ainsi, seuls 48 % des hommes entre 15 et 34 ans considèrent que l’image des femmes véhiculées par les contenus pornographiques est problématique contre 79 % des hommes âgés de 65 ans et plus.

  • … et qui peinent à porter une responsabilité collective

Surtout, les hommes quel que soit leur âge s’avèrent dans l’incapacité à porter la responsabilité collective du sexisme :

– Ils refusent toute généralisation : ainsi, 7 hommes sur 10 considèrent qu’on généralise en considérant que les hommes sont tous sexistes.

– Ils peinent à se sentir concernés et n’engagent jamais leur responsabilité personnelle : Alors que 37 % des femmes ont déjà vécu une situation de non consentement, seuls 12 % des hommes déclarent qu’ils ont déjà insisté pour avoir un rapport sexuel alors que leur partenaire n’en avait pas envie et 10 % qu’ils ont déjà eu un doute sur le consentement de leur partenaire. Un écart entre les femmes et les hommes qui évoque un manque de prise de conscience clair de la part des hommes.

– Ils considèrent que la lutte anti-sexisme va trop loin et estiment pour 4 hommes sur 10 qu’on s’acharne sur les hommes et pour 6 hommes sur 10 que les porte-paroles féministes en font trop.

3. Des pouvoirs publics durement jugés, une inefficacité perçue des outils de prévention et lutte contre le sexisme

La défiance à l’égard des institutions et des politiques pour prévenir et lutter contre les actes et violences sexistes semble s’être installée. Les pouvoirs publics ne sont pas jugés à la hauteur des enjeux sur ces questions. La responsabilité institutionnelle et politique est désignée par une partie de la société qui demande une plus forte prise en compte et davantage d’actions concrètes.

  • Le gouvernement est le dernier des acteurs de confiance identifiés pour prévenir et lutter contre les actes et propos sexistes, par seulement 30 % de la population. Les acteurs institutionnels ne sont pas en reste, les Français·e·s n’ayant confiance dans l’école et l’université qu’à 35 % et dans la gendarmerie / police qu’à 48 %. Finalement, seuls les médecins et associations spécialisées recueillent des niveaux de confiance élevés (respectivement 65 % et 73 %).
  • Cette année encore, la justice recueille des perceptions négatives dans l’opinion. 37 % seulement lui font confiance pour prévenir et lutter contre les actes et propos sexistes. L’arsenal juridique existant reste perçu comme mal appliqué voire insuffisant par 8 Français·e·s sur 10. A cet égard, les femmes de moins de 35 ans sont plus nombreuses à considérer que les lois et sanctions sont insuffisantes (1 sur 2 contre 38 % en moyenne). Le sentiment d’impunité des actes et propos sexistes est partagé par 77 % de la population, là encore particulièrement par les jeunes femmes.
  • L’action des pouvoirs publics est jugée efficace par à peine plus d’un quart de la population française, un score en baisse de quelques points par rapport à la vague précédente. Ainsi, seul·e·s 27 % des Français·e·s considèrent que les pouvoirs publics font tout ce qu’il faut pour lutter contre le sexisme (- 3 points), 25 % qu’ils font tout ce qu’il faut pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles (-4 points) et 25 % contre les féminicides (-3 points).

Dès lors, les attentes à l’égard des pouvoirs publics sont grandissantes : 82 % souhaitent voir la prévention et la lutte contre le sexisme devenir des sujets prioritaires dans l’agenda des pouvoirs publics, un score en hausse de 6 points.

Par :
Maïder Beffa
Elise Cathala

 

Publié le 24/01/2023

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