Libération – Baromètre politique – Août 2018

68 % des Français inquiets de la situation économique et sociale : Le macronisme à l’épreuve identitaire du retour des contraintes ?

  • L’opinion sur Emmanuel Macron relativement stable depuis le mois de juin

Que reste-t-il de l’affaire Benalla ? Le scandale politique et judiciaire du mois du juillet, qui a réveillé les oppositions et inquiété la majorité, jusqu’au sommet de l’État, semble paradoxalement derrière nous aujourd’hui : c’est du moins l’opinion d’un Français sur deux (49 %), même si une minorité non négligeable (40 %) considère que cette affaire restera comme un épisode important du quinquennat.

Dès lors, si durant l’été le chef de l’État a perdu des points à droite (-11 points), il s’est aussi renforcé auprès des sympathisants de sa majorité (+6), ce qui lui permet de garder une cote de popularité relativement stable auprès de l’ensemble des Français (36 %, -1), même si cette stabilité de court terme cache un recul marqué au premier semestre 2018   (-10 points depuis décembre). Plus que l’affaire Benalla et les polémiques de l’été, le début d’année aura donc pesé sur l’image d’Emmanuel Macron et du gouvernement.

  • Rentrée politique : entre respect des engagements budgétaires et volonté de mettre en œuvre sa politique sociale, l’exécutif contraint à un jeu d’équilibriste

Dans ce contexte, la rentrée politique de la majorité s’annonce risquée, alors que se profilent des arbitrages à hauts risques sur le plan économique et social :

– D’un côté, un budget 2019 compliqué par le ralentissement de la croissance, qui obligera à limiter les dépenses – ou augmenter les recettes – pour tenir les objectifs de réduction des déficits : un engagement pris envers Bruxelles, mais aussi une promesse de campagne d’Emmanuel Macron soutenue par 55 % de l’opinion publique, pour qui « la réduction des déficits et des dépenses publiques doit être une priorité, quitte à réduire les budgets des services publics ».

– De l’autre, un « plan pauvreté » fortement attendu, après avoir été reporté en juillet en pleine Coupe du monde, et alors que l’exécutif peine toujours à convaincre sur ces enjeux : 66 % des Françaises et des Français considèrent le gouvernement comme « peu ou pas engagé » depuis le début du quinquennat en matière de politique sociale et de lutte contre les inégalités.

Entre économies budgétaires et dépenses sociales, les choix réalisés risquent de cliver l’opinion publique, le Parlement ou encore les partenaires sociaux, d’autant que de nombreuses réformes majeures seront lancées en parallèle : retraites, assurance-chômage, loi Pacte, réformes de la santé et de la fonction publique…

  • Un moral économique et social en berne

Or, contrairement à la rentrée 2017 où l’exécutif pouvait compter sur la reprise et un relatif retour de confiance économique pour accompagner ses réformes, le contexte n’est plus le même, loin s’en faut : 68 % des personnes interrogées sont inquiètes de la situation économique et sociale pour les mois à venir, contre seulement 23 % confiantes.

Ces inquiétudes se retrouvent, in fine, parmi les priorités affichées :

-La relance de l’économie et de l’emploi, citée par 55 % des personnes interrogées et même 68 % des sympathisants de la majorité et 61 % des sympathisants de droite,

-L’amélioration du pouvoir d’achat (49 %), dont la priorité est affichée symétriquement par les sympathisants de gauche (55 %) et de droite (54 %),

-Enfin, en troisième position, la lutte contre la pauvreté et les inégalités (37 %, dont 57 % parmi les sympathisants de gauche).

Il est notable que ces enjeux économiques et sociaux dépassent toutes les autres préoccupations, qu’il s’agisse de la sécurité (32 %), de l’environnement (27 %) ou de la politique migratoire (25 %), et devancent même très largement les dossiers internationaux – la relance du projet européen (8 %) ou l’affirmation de la France dans les crises internationales actuelles (7 %) – sur lesquels le Président de la République est pourtant attendu à la rentrée, avec plusieurs déplacements en Europe fin août.

  • Le macronisme à l’épreuve de la crise, à l’image de ses prédécesseurs

Cette résurgence des difficultés économiques et sociales, inédite depuis le début du quinquennat mais qui avait très largement rythmé les quinquennats de ses prédécesseurs (notamment sous Nicolas Sarkozy et François Hollande), s’apparente finalement à une épreuve de vérité pour le Président de la République et le gouvernement.

“Le « macronisme », en tant que projet politique, s’est en effet développé sur trois promesses : la promotion de l’efficacité – a fortiori économique – au-delà de toute logique partisane, une ambition originale promouvant les trajectoires personnelles contre les “inégalités de destin” (discours face au Congrès, 9 juillet 2018), la recherche d’un équilibre entre politiques de droite et de gauche, toutes deux décrédibilisées par une décennie de crise.

Tant que le quinquennat actuel profitait d’un contexte de reprise, il pouvait être difficile – au-delà du style – de mesurer les divergences profondes avec les choix économiques et sociaux de ses prédécesseurs, contraints le plus souvent à des coupes budgétaires ou à des hausses ciblées de fiscalité pour limiter les déficits. Des choix douloureux, auxquels la nouvelle majorité n’avait pas encore été acculée. À elle aujourd’hui de s’y confronter, et de démontrer en quoi son approche, sur ces enjeux, diverge de celle de « l’ancien monde ».

Posez vos questions à l’auteur de l’étude :

Aurélien Preud’homme: ap@institut-viavoice.com

Retrouvez la totalité de l’article ici