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La campagne présidentielle : la part du ressentiment démocratique. Viavoice – Libération Avril 2022

Election présidentielle 2022

Une campagne présidentielle « empêchée » ?
Vers des lendemains démocratiques marqués par le ressentiment

La campagne présidentielle de 2022 est, sans nul doute, frappée par un caractère inédit que personne n’aurait pu anticiper. Suivant deux années de pandémie mondiale, elle s’est inscrite dans un moment historique de résurgence de la guerre aux frontières de l’Europe laissant amplifier les doutes, les incertitudes sur l’équilibre du monde. Cette campagne présidentielle aura eu bien du mal à se lancer voire à se dérouler. Cette campagne-ovni, perturbée par l’invasion russe en Ukraine et ses conséquences touche désormais à sa fin. Si le conflit a finalement permis de faire réapparaître les enjeux évidents auxquels la France doit faire face (énergies, souveraineté, défense…), il semble que cette campagne n’aie jamais vraiment eu lieu pour l’opinion publique. Dans un contexte de haute sensitivité générée par les enjeux sociaux, économiques, la campagne semble constituer une forme de « non-lieu » qui s’avère problématique en regard des questions et enjeux laissés sans réponse… Quelles en sont ou seront les conséquences sur la mobilisation au 10 avril et surtout sur l’état politique et démocratique du pays au lendemain de cette séquence présidentielle ?

L’amertume générée par une campagne « confisquée »

Le constat majoritairement exprimé par les Français en cette fin de campagne : cette dernière n’a pas eu lieu.

  • Plus de la moitié de la population française estime que la campagne présidentielle « n’a pas vraiment eu lieu » (54 %).
  • En cause principalement, aux yeux de ces Français pour qui la campagne n’a pas eu lieu, la guerre en Ukraine (66 %) loin devant l’annonce tardive de la candidature d’Emmanuel Macron (39 %) ;
  • A ce titre, de manière attendue ce sont les sympathisants de la majorité apparaissent naturellement moins sévères que la moyenne (40 % seulement estiment que la campagne n’a pas eu lieu) préférant admettre que leur candidat participe tant bien que mal à cette séquence nationale. Les sympathisants de droite, et notamment anciens électeurs de François Fillon, se montrent quant à eux particulièrement insatisfaits à cet égard (70 %). Un électorat qui voit dans cette campagne empêchée l’explication d’une incapacité de leur candidate à s’imposer dansle débat…

Si les éléments exogènes expliquent en partie la difficulté de cette campagne à s’écrire vraiment, d’autres indicateurs de mécontentement vis-à-vis de la séquence politique révèlent un effet « déceptif » du débat
politique actuel :

  • Une large majorité de Français ont le sentiment que le nécessaire suspens démocratique a d’abord été entaché, en ce sens, 69 % pensent qu’il a trop été dit que « tout était joué d’avance » ;
  • Et pourtant, loin d’être acquise, la certitude d’une victoire « par avance » d’Emmanuel Macron en ressort affectée : 44 % des Français souhaitent qu’il ne soit pas présent au second tour et un Français sur deux souhaite l’alternance et qu’il ne remporte pas cette élection présidentielle.
  • Pire encore, 74 % Français ont le sentiment de ne pas avoir été entendus et 64 % dénoncent une absence de débatssur le fond entre les candidats

Une double conséquence émerge de cette campagne ovni :

  • Marine Le Pen apparaît comme la première issue, exutoire de cette situation : 33 % des Français déclarent que la manière dont la campagne s’est déroulée leur donne envie de voter pour elle, dont 15 % « tout à fait » (contre 30 % pour Emmanuel Macron et 9 % seulement de « tout à fait »).
  • Le seconde, inquiétante, réside dans le sentiment d’amertume que l’opinion ressent déjà à l’égard de cette campagne empêchée voir confisquée : 68 % des Français déclarent que cette campagne présidentielle leur laisse de l’amertume et de l’insatisfaction, dont 36 % assurent même qu’elle leur laisse « beaucoup » d’amertume, postulat qui laisse entrevoir des lendemains démocratiques affectés.

 

 

Par :
Stewart Chau
Adrien Broche
François Miquet-Marty

 

Publié le 11/04/2022

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