Santé et interêt général

Le baromètre France-émotions – Après un an de Pandémie

Après un an de pandémie…

L’espoir défie l’épuisement

Eléments constitutifs de nos opinions, les émotions nous bousculent, nous interrogent et définissent une partie de notre état d’esprit présent et à venir. Dans un contexte bouleversé par la pandémie et face à tous les enjeux qui en découlent, comment les Français réagissent émotionnellement à ces événements ?

Ce baromètre « France-émotions » Viavoice – Fondation Jean-Jaurès – Le Point a pour ambition d’analyser la couleur des émotions qui traversent aujourd’hui notre pays et de comprendre la manière dont ces dernières s’articulent avec nos états d’esprit et façonnent nos opinions.

Cette première édition du baromètre livre des enseignements majeurs : des Français qui résistent face aux épreuves en témoignant d’une réelle forme de résilience, une jeunesse en demande de reconnaissance, et une singulière mise à distance de la chose politique dans ce contexte agité et à un an de la présidentielle.

Les Français à l’épreuve de la crise : tristesse et colère

Evoquer le contexte de la crise sanitaire qui dure depuis maintenant plus d’un an génère un triptyque émotionnel clairement exprimé par les Français :

– Un sentiment de tristesse partagé par 36 % des Français, les 82 000 morts de la Covid-19 en France planant au-dessus du moral de chacun, mais sentiment lié également aux contraintes qui limitent les interactions sociales… ;

– Le désespoir pour 31 %, qui témoigne d’une forme de fatigue et d’usure dans l’opinion ;

– Et puis, la colère pour 30 % d’entre eux, en lien avec les polémiques autour des masques ou encore la lenteur perçue de la campagne récente de vaccination.

La gestion de la pandémie par l’exécutif catalyse à ce titre les émotions négatives, les Français lui associant colère (34 %), désespoir (25 %) et honte (24 %).

Enfin, les émotions ressenties par les Français pendant le confinement se déploient sur deux registres :

– La vie sociale d’abord qui évoque l’ennui pour 38 % des Français mais aussi de la tristesse pour 32 % d’entre eux ;

– Puis la vie familiale et amoureuse qui ont, quant à elles, incarné un socle préservé. Ainsi, La sérénité et la confiance se sont substituées au doute et la joie à la tristesse.

L’année vécue sous l’actualité de la pandémie a donc profondément ébranlé le moral des Français. Néanmoins, les émotions actuelles traduisent un constat peut-être plus positif qui conduit à tempérer cette première photographie des émotions.

Malgré le doute et l’incertitude, l’espoir pour l’avenir

Positif : c’est l’état d’esprit exprimé actuellement par 54 % des Français, à rebours d’un contexte que l’on sait très difficile. Les Français témoignent ainsi d’une certaine forme de résilience, gardant foi en des lendemains plus paisibles.

Cet état d’esprit se fonde d’abord sur l’espoir, une émotion majoritaire exprimée par 53 % des Français, qui devance la tristesse (46 %) et la colère (38 %).

– Cet espoir défie l’incertitude exprimée par 59 % des Français et l’inquiétude des temps qui viennent ressentie par 64 %. On assiste alors à une dialectique articulant l’inquiétude et le doute d’un côté, l’espoir et la confiance de l’autre.

– Cette espérance, malgré les polémiques et les ratés, est incarnée par le vaccin. Il génère très largement l’espoir pour 44 % des Français loin devant la peur (25 %).

Mais cet état d’esprit global, qui résiste au désespoir ambiant, ne s’exprime pas de la même manière pour tous. La jeunesse notamment fait entendre la voix de ses émotions, singulières.

Une jeunesse de France en temps de crise : résilience mais impatience

Malgré les difficultés nombreuses auxquelles la jeunesse doit faire face, les jeunes font preuve d’une résilience encore plus remarquable :

– 62 % des 18-24 ans et 63 % des 25-34 ans témoignent d’un état d’esprit positif lorsqu’ils pensent à ce qu’ils vivent actuellement, c’est près de 10 points de plus que leurs ainés ;

– Les 25-34 ans sont plus nombreux à ressentir actuellement de la joie (31 % contre 23 % en moyenne), de l’enthousiasme (39 % contre 25 % en moyenne), ce qui les conduit à témoigner, concernant leur état d’esprit, d’une certaine forme de motivation (35 % contre 27 % en moyenne).

Mais en dépit de ces constats, c’est surtout une lassitude qu’expriment peu à peu les jeunes face à un virus dont ils relativisent le caractère dangereux :

– Seuls 32 % des 18-24 ans et 45 % des 25-34 ans ont peur d’attraper le virus ;

– Ils s’interrogent ainsi sur le halo de contraintes fortes qui s’exercent. Seuls 9 % des 18-24 ans et 10 % des 25-34 ans éprouvent de la confiance lorsqu’on leur évoque les contraintes (masque, distanciation, gel…), c’est 25 points de moins que les 65 ans et plus.

Plus encore, espoir majeur dans la lutte contre la pandémie, les vaccins sont beaucoup moins évocateurs d’un sentiment d’espérance chez les plus jeunes :

– Seuls 36 % des 18-24 ans et 33 % des 25-34 ans expriment de l’espoir à propos des vaccins. A titre de comparaison, ils sont 46 % des 50-64 ans et 59 % des 65 ans et plus à ressentir de l’espoir à propos de ces vaccins.

– Au contraire, c’est un sentiment de peur qui semble dominer les émotions de la jeunesse à propos de ces vaccins, puisque plus d’un tiers de 18-34 ans expriment de la peur à son sujet alors qu’ils ne sont que 22 % des 50-64 ans et 19 % des 65 ans et plus.

S’exprime ainsi le symptôme d’un besoin de reconnaissance d’une jeunesse qui ne peut plus seulement vivre dans l’attente et l’espoir d’un avenir plus heureux.

En regard de l’urgence, une vie politique mise à distance

Sévères quant à l’action du gouvernement et dans un contexte inédit de défiance envers les institutions, les Français ne placent plus leurs attentes dans leurs représentants. Interrogés sur les émotions ressenties lorsqu’ils sont confrontés aux personnalités politiques, la prime va donc à la notoriété et à l’indifférence.

– Le président de la République suscite d’abord de la colère (28 %) puis du dégoût (21 %) tout comme du désespoir (21%) ;

– Le Premier ministre apparaît moins clivant, mais génère d’abord indifférence et ennui ;

– Les opposants les plus exposés catalysent, comme le Président, les émotions négatives : Jean-Luc Mélenchon évoque le dégoût (25 %) et la colère (21 %) quant à Marine Le Pen le dégoût (27 %) et la honte (22 %) ;

– Seuls Edouard Philippe et Xavier Bertrand parmi les personnalités les plus installées parviennent à capitaliser sur quelques perceptions positives, le premier incarnant la confiance pour 19 % des Français, le second l’espoir pour 12 % d’entre eux.

Désireux de séparer le temps de l’urgence, de la pandémie et celui d’une vie politique qui ne trouve pas grâce à leurs yeux, les Français éprouvent en grande majorité un sentiment d’indifférence ou l’absence d’émotions particulières lorsqu’ils sont confrontés aux noms de personnalités politiques.

L’échéance de la prochaine élection présidentielle apparaît alors comme une lointaine préoccupation pour les Français : elle évoque de l’indifférence pour 43 % des Français à un an du scrutin.

Il ne faudrait pas qu’à l’épuisement collectif, généré par cette crise dont nous ignorons encore l’issue, s’ajoute une forme d’épuisement démocratique aux conséquences tout aussi dangereuses…

Par :
Stewart Chau
Adrien Broche
Publié le 04/03/2021

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