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Le lycée professionnel vu par les Français – Une voie pour tous – Janvier 2023

Une formation reconnue mais insuffisamment valorisée, perçue comme reproduisant et renforçant les inégalités sociales

Une image positive du lycée professionnel en dépit d’un manque d’attractivité

Malgré un rapport à l’éducation en France mitigé avec seulement 49 % des Français âgés de 15 ans et plus qui en ont une bonne opinion, loin des préjugés, le lycée professionnel se démarque avec 65 % d’opinions positives.

Mais une filière qui apparaît encore peu attractive, avec des perceptions plus en retrait du public principalement concerné, les 15 – 17 ans (avec 46 % d’opinion positive).

Une filière d’enseignement alignée avec les attentes de l’opinion

Enseignement frappant de l’étude, les attendus formulés par l’opinion en termes d’orientation s’avèrent en phase avec la proposition faite par les lycées d’enseignement professionnel : l’enjeu des débouchés professionnels apparaît comme le critère qui devrait compter le plus dans un choix d’orientation pour une majorité de Français (59 %). Viennent ensuite les compétences professionnelles que permet d’acquérir la formation (pour 44 % des répondants), suivi des connaissances et savoirs théoriques que permet d’acquérir la formation (35 %).

Par ailleurs, pour plus de 3 Français sur 4 (77 %), les lycées professionnels contribuent à la richesse de la formation en France. Une formation reconnue, notamment pour l’ouverture sur le monde professionnel qu’elle permet : pour 83 % de l’opinion, le lycée professionnel offre une vision plus concrète et réaliste du monde du travail.

Parmi ceux qui ont été élèves en lycée professionnel, ils sont 84 % à déclarer que cela est ou a été une bonne expérience, dont près d’un tiers qui affirme que cela en a été « une très bonne ».

La position des Français souligne des décalages importants entre ce qui est et ce qui devrait être, en termes de critères principaux orientant un choix d’orientation :

  • S’agissant de ce qui devrait être : les débouchés professionnels, les compétences professionnelles, les connaissances et savoirs théoriques apparaissent respectivement prioritaires pour 59 %, 44 % et 35 % de l’opinion.
  • S’agissant ensuite de ce qui est, le constat est bien différent : si les débouchés professionnels et les compétences professionnelles sont toujours les premiers critères cités, le niveau scolaire est déterminant pour 30 % de l’opinion, suivi de l’accessibilité financière de la formation pour 28 %. Les ressources, qu’elles soient scolaires ou financières, apparaissent être des éléments qui pèsent finalement dans le cadre d’un choix d’orientation.

Les résultats de l’étude font ainsi apparaitre de larges décalages entre « l’idéal et le réel » :

  • Les compétences professionnelles et les connaissances théoriques que permet d’acquérir la formation souffrent de décalages respectifs de 10 et 9 points dans l’opinion entre l’importance théorique et la prise en compte de ces critères en pratique.
  • A l’inverse, le niveau scolaire, l’accessibilité financière de la formation, le milieu social et l’influence des parents apparaissent comme des critères surdéterminants dans le choix d’orientation.

 

Néanmoins, la perception d’un choix d’orientation par défaut lié à sa position sociale, vécu comme une alternative à la voie générale en cas de difficultés scolaires

Près de 7 Français sur 10 estiment que les élèves au collège en classe de troisième sont mal informés dans le cadre de leur orientation au lycée (68 %).

Dans l’opinion, cette mauvaise qualité d’information s’accompagne d’un niveau d’information inégal auprès des collégiens : pour plus d’1 Français sur 2 (52 %), le milieu social d’origine impacte le niveau d’information sur l’orientation au lycée apporté aux élèves en classe de troisième. Et ce sont les classes défavorisées qui en pâtissent : 37 % des répondants considèrent que les élèves qui en font partie sont moins bien informés sur le sujet. Concernant l’orientation en lycée professionnel, les résultats de l’étude font là aussi apparaître une perception de cette orientation comme largement conditionnée : elle ne serait choisie que pour 10 % de la population quand plus d’un tiers (37 %) estime qu’elle est subie et 48 % estiment que cela dépend des cas.

Le lycée professionnel est avant tout perçu comme une alternative au parcours général, comme « formation refuge » pour ceux qui y rencontrent des difficultés. Il semble encore cantonné à cette opposition et non valorisé comme une formation à part entière.

  • Si en théorie, près de 9 Français sur 10 pensent que l’orientation en lycée professionnel devrait concerner n’importe quel élève souhaitant acquérir des compétences professionnelles, seule la moitié de la population française (51 %) pense que l’orientation en lycée professionnel concerne n’importe quel élève.
  • A l’inverse, si seuls 7 % des Français estiment que la filière professionnelle devrait être réservée aux élèves qui se trouvent en difficultés scolaires, c’est en pratique le cas pour 42 % de l’opinion.

 

Une filière qui manque de valorisation et d’ouverture

Enseignement central de l’enquête menée par Viavoice pour Une voie pour tous, l’enseignement professionnel en France n’est pas assez valorisé aux yeux de 8 Français sur 10 (79 %).

Interrogés sur les faiblesses du lycée professionnel, le problème est d’abord extérieur à cette structure d’enseignement : pour 65 % des Français la principale faiblesse de la filière professionnelle est son manque de valorisation (65 %), avant le manque de moyens humains et financiers (43 %).

Ressort enfin une nouvelle fois la question du conditionnement social, le fait que cette filière soit réservée à un certain type de personnes (en difficultés scolaires, provenant de milieux sociaux défavorisés…) apparaissant comme une faiblesse pour 38 % des Français. Les publics les plus concernés pointent d’autant plus ce manque d’ouverture : 48 % des 18-24 ans et 47 % des élèves, étudiants le citent comme étant des faiblesses du lycée professionnel.

Ceux qui ont déjà été élèves en lycée professionnel sont par ailleurs plus nombreux à pointer du doigt le manque de débouchés professionnels (26 % contre 21 % sur l’ensemble) et le manque d’enseignements théoriques (22 % contre 19 % sur l’ensemble).

Des discriminations intensifiées par l’inscription au lycée professionnel

Si le public qui s’oriente en lycée professionnel est déjà plus sujet aux discriminations du fait de sa condition sociale, celles-ci peuvent s’intensifier en s’inscrivant en lycée professionnel.

Le constat est sans appel : près des ¾ de la population déclarent que les personnes qui sont ou qui ont déjà été inscrits en lycée professionnel subissent des discriminations. Les 18 – 24 ans sont 87 % à le penser.

Ces discriminations sont d’abord perçues comme liées à l’image du lycée professionnel pour 60 % de la population ainsi qu’au milieu social d’origine des élèves pour 55 % des Français. Le niveau de connaissances théoriques acquis dans cette formation peut aussi en être la cause pour 22 % d’entre eux et 29 % des élèves, étudiants.

Une attente de l’opinion sur l’enseignement théorique en lycée professionnel

L’apprentissage de connaissances théoriques solides est la première attente citée par les Français concernant la formation du lycée, quelle que soit la filière, pour près d’un répondant sur deux. Viennent ensuite l’acquisition de compétences professionnelles, opérationnelles (pour 47 % des Français), l’ouverture sur le marché du travail (pour 45 % d’entre eux), des expériences professionnelles (pour 34 % d’entre eux), un cadre, une discipline (pour 34 %), des compétences pour travailler en équipe (26 %) et des expériences humaines (pour 24 %). Le lycée apparaît ainsi comme une formation socle de l’enseignement secondaire au sein de laquelle l’enseignement théorique ne doit pas être négligé.

En ligne avec cet enseignement, ils sont 87 % à penser que l’enseignement théorique en lycée professionnel est important, dont 20 % qui estiment qu’il doit être prioritaire et 67 % qu’il est important sans être prioritaire. Pour seulement 7 %, l’enseignement théorique doit être secondaire.

Un aspect d’autant plus important pour le public concerné : pour près d’un quart de la population française (24 %), les élèves qui s’orientent en lycée professionnel ont du retard par rapport à leurs camarades de lycée général et technologique quand 53 % pense que cela dépend des cas et seul 14 % qu’aucun retard n’a été pris auparavant.

L’enseignement professionnel apparaît ainsi tout au long de l’étude Viavoice – Une voie pour tous comme à la fois un symbole des atouts et des faiblesses du système éducatif français. La concrétisation réelle des ambitions théoriques, au service d’un enseignement professionnalisant, s’affirme comme le principal chantier à mener.

 

     

     

     

    Par :

    Adrien Broche
    Lola Lusteau

     

    Publié le 17/01/2023

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